La Ligne verte de Beyrouth : un symbole de division durable
Après 1975, et durant toute la guerre civile jusqu'en 1990, une "Ligne verte" a séparé Beyrouth du nord au sud, divisant l'Ouest musulman de l'Est chrétien. Verte, car ce rideau de fer était en réalité un rideau de verdure où la nature avait repris ses droits, avec des bêtes sauvages rôdant dans la capitale, symbolisant un Liban ensauvagé. Bien qu'un boulevard ait depuis remplacé cette ligne, d'autres fractures continuent de miner ce magnifique pays, où la ruine semble s'acharner.
Des racines historiques profondes
Le calme et la prospérité ont-ils jamais été libanais ? "Oui, après 1860 et jusqu'en 1915", répond Xavier Baron, auteur de plusieurs ouvrages sur le Liban. Dès 1845, les autorités ottomanes instaurèrent un partage confessionnel dans les montagnes, opposant maronites, chrétiens gréco-catholiques et druzes islamiques. Ce fut le premier ver dans le fruit, avec des maronites soutenus par la France et des Druzes appuyés par l'Angleterre, inaugurant l'ingérence des grandes puissances.
La famine de la Grande Guerre décima un tiers de la population libanaise, tuant 200 000 habitants. Les historiens imputent cette tragédie aux Jeunes-Turcs, notamment à Djemal Pacha, qui bloquèrent les convois alimentaires vers les montagnes. Les accords secrets Sykes-Picot de 1916 attribuèrent le Liban et la Syrie à la France, menant à la création d'un "Grand Liban" sous mandat français en 1920, excluant Damas et alimentant les tensions avec les sunnites favorables à une grande Syrie arabe.
Indépendance et instabilité
Une Constitution inspirée de la IIIe République fut adoptée en 1926, mais le mandat français, censé être temporaire, traîna en longueur. L'indépendance fut proclamée en 1943, avec un Pacte national ralliant les 18 communautés religieuses et instaurant une distribution des postes clés selon les confessions. Cependant, l'arrivée des fedayins palestiniens après la Guerre des Six Jours en 1967 introduisit un cancer : l'impuissance à désarmer les éléments étrangers.
La guerre civile éclata en 1975, durera quinze ans, avec le nord contrôlé par les Syriens, Beyrouth par les maronites, et le sud par les Palestiniens alliés aux Druzes. Les interventions israéliennes en 1982, les massacres de Sabra et Chatila, et la montée du Hezbollah, armé par l'Iran et la Syrie, exacerbèrent les conflits. Les attentats contre la présence occidentale en 1983, comme celui du Drakkar contre les parachutistes français, marquèrent une escalade de violence.
Accords de Taëf et héritage persistant
En 1989, les accords de Taëf en Arabie saoudite tentèrent de solder le passé sanglant, mais échouèrent à désarmer toutes les milices, notamment le Hezbollah. La reconstruction sous Rafik Harari à partir de 1992 laissa le pays sous tutelle syrienne, jusqu'à la Révolution du Cèdre en 2005, qui força le retrait syrien après l'assassinat d'Hariri. Pourtant, les divisions persistèrent, avec un Hezbollah signant un accord improbable avec le général maronite Aoun.
Aujourd'hui, le Liban fait face à une impéritie financière, avec un défaut de paiement déclaré en 2020, une classe politique incapable de réformes, et l'afflux de réfugiés syriens. L'État n'est plus en mesure de protéger ses citoyens, et le conflit entre l'Iran et Israël ajoute une menace supplémentaire. Comme l'écrivait le poète Khalil Gibran, "Vous avez votre Liban avec tous les conflits qui y sévissent. J'ai mon Liban avec les rêves qui y vivent", rappelant l'espoir fragile au milieu des ruines.



