Vive contestation au Kenya
La construction d'un centre de quarantaine destiné à accueillir des citoyens américains exposés au virus Ebola suscite une forte polémique au Kenya, où plusieurs manifestations ont déjà eu lieu. Vendredi, les autorités kényanes ont réaffirmé leur soutien au projet malgré une contestation grandissante dans la région de Laikipia, au centre du pays.
Un centre presque achevé
Implantée au sein de la base aérienne de Laikipia, la structure sanitaire de 50 lits, gérée par du personnel américain selon une source diplomatique, est presque achevée. Pourtant, le Kenya n'a enregistré aucun cas d'Ebola depuis la déclaration de l'épidémie en République démocratique du Congo (RDC) à la mi-mai et ne partage aucune frontière avec ce pays.
Tensions et manifestations aux abords de la base
Cette situation nourrit l'inquiétude d'une partie de la population locale, qui redoute une importation du virus dans un système de santé jugé fragile. « Nous n'avons pas Ebola, pourquoi ne le font-ils pas au Congo ? […] Pourquoi à Laikipia ? », s'interroge Nicholas, vendeur de souvenirs à Nanyuki, ville voisine de la base. De nombreux habitants critiquent également le choix des États-Unis de faire soigner leurs ressortissants à l'étranger plutôt que sur leur propre territoire.
La tension est montée d'un cran lundi lorsque des centaines de personnes ont manifesté devant la base. Selon des défenseurs des droits humains, deux protestataires ont été tués par balle. Le projet fait aussi l'objet d'un recours judiciaire et la justice kényane a ordonné la semaine dernière sa suspension au nom de « l'intérêt commun », sans pour autant interrompre les travaux selon plusieurs riverains.
Les autorités défendent la coopération avec Washington
Face aux critiques, le gouvernement kényan maintient sa position. « Nous n'arrêterons pas » la construction du centre de Laikipia, a déclaré mercredi devant les députés le ministre de la Santé Aden Duale, ajoutant que « cette épidémie ne nécessite aucune consultation » populaire. Le président William Ruto a pour sa part estimé que les Kényans « n'ont pas assez d'information pour comprendre » le projet et a défendu la coopération avec Washington.
Les déclarations du secrétaire d'État américain Marco Rubio, affirmant fin mai que les États-Unis « ne pouvaient pas et ne permettraient pas à des cas d'Ebola d'entrer » sur leur territoire, ont accentué les critiques. Plusieurs élus kényans dénoncent une approche « néocoloniale », tandis que des habitants craignent que les hôpitaux locaux soient les premiers à faire face à une éventuelle crise sanitaire. Un nouvel appel à manifester a été lancé pour mardi prochain.



