Israël face aux manifestations iraniennes : entre espoir de changement et crainte d'escalade militaire
« Si vous étiez aujourd'hui au poste de Premier ministre, lanceriez-vous une attaque contre l'Iran ? » Cette question directe a été posée à Ehud Barak, ancien chef du gouvernement israélien, lors d'une émission télévisée à grande audience sur la chaîne Keshet 12. L'homme politique, qui n'est plus aux commandes du pays depuis longtemps mais dont les propos restent scrutés depuis Téhéran, a répondu avec prudence : « Non, non… On ne peut pas parler de cela ici… On ne peut pas prendre des décisions sur des plateaux télé ».
Un débat qui anime la société israélienne
La présentatrice a insisté, soulignant que cette question préoccupait tous les foyers israéliens. En effet, les manifestations contre le régime des mollahs en Iran, qui font la une des journaux, sont largement commentées au sein de la population. « Ça suscite énormément d'émotions. Il y a là, réellement, un enjeu majeur », explique Raz Zimmt, directeur du programme de recherche sur l'Iran et l'axe chiite à l'Institut d'études sur la sécurité nationale.
Ce spécialiste, qui informe régulièrement le public via les réseaux sociaux, ajoute : « Cela ne résoudra pas automatiquement tous nos problèmes, mais il est évident que le scénario le plus optimiste pour Israël – à savoir la chute du régime – serait l'événement le plus important que l'on puisse imaginer. » Il précise qu'une grande partie des défis auxquels Israël a été confronté ces dernières décennies sont liés au régime iranien, rendant un tel changement « incomparable ».
Deux questions cruciales pour la sécurité régionale
Les analystes israéliens se concentrent sur deux aspects principaux :
- La révolution islamique touche-t-elle à sa fin ?
- Les manifestations en Iran augmentent-elles ou diminuent-elles la menace d'un nouvel affrontement israélo-iranien ?
Avant même le mouvement de contestation, la menace d'une deuxième guerre directe entre Jérusalem et Téhéran planait, seulement six mois après celle des « douze jours » en juin 2025. Les services de renseignement israéliens surveillent avec inquiétude les efforts du régime iranien pour reconstituer son industrie de missiles balistiques.
Le Premier ministre Benyamin Netanyahou a déclaré à la Knesset le 5 janvier : « Avant et pendant ma visite aux États-Unis, j'ai clairement signifié, concernant les exercices militaires conduits par l'Iran, que, si nous étions attaqués, les conséquences pour l'Iran seraient extrêmement graves. »
Le risque d'une « erreur de calcul »
Face à l'ampleur du mouvement populaire en Iran, la majorité des experts israéliens estiment qu'il ne serait pas dans l'intérêt d'Israël de lancer une nouvelle offensive militaire. Cependant, certains observateurs concèdent que le risque d'une confrontation entre les deux pays ennemis s'accroît néanmoins.
Un terme revient fréquemment dans les commentaires médiatiques : « l'erreur de calcul ». Des deux côtés, on craint qu'une mauvaise lecture des événements et des intentions de l'adversaire ne déclenche une attaque « préventive » aux conséquences imprévisibles.
Tsahal en état d'alerte
Au quartier général de Tsahal à Tel-Aviv, la vigilance est de mise. Les évaluations de la situation sont fréquentes et les communiqués évitent soigneusement tout langage offensif. Un responsable militaire déclare : « Tsahal suit les développements en Iran ; les manifestations sont une affaire interne iranienne. Néanmoins, Tsahal est prêt sur le plan défensif et améliore en continu ses capacités ainsi que son état de préparation opérationnelle. Nous serons en mesure de riposter avec force si nécessaire. »
La position officielle du gouvernement israélien
Sur le plan politique, les ministres et députés de la coalition ont reçu un document intitulé « Messages nationaux », dont Le Point a obtenu copie. Ce texte énonce deux principes clés :
- Israël condamne fermement les atteintes à la vie des Iraniens et soutient leur aspiration à la liberté.
- Toute tentative du régime de Téhéran de porter atteinte à la souveraineté ou aux citoyens israéliens rencontrera une réponse forte et implacable.
Le 11 janvier, Benyamin Netanyahou a déclaré en Conseil des ministres : « Israël et le monde entier contemplent avec admiration le courage immense des citoyens iraniens. Israël soutient leur lutte pour la liberté et condamne fermement les massacres de civils innocents. Nous espérons tous que la nation perse sera bientôt libérée du joug de la tyrannie. »
Des scénarios incertains pour l'avenir
Raz Zimmt, ancien membre du renseignement militaire de Tsahal, n'exclut aucune hypothèse. Il évoque la possibilité que des responsables au sein des gardiens de la révolution envisagent de sacrifier le guide suprême Ali Khamenei pour sauver le régime. « Un scénario pas particulièrement optimiste, ni pour le peuple iranien ni pour nous », analyse-t-il.
Il ajoute : « Il est difficile de se projeter, et on peut s'attendre à des périodes de transition qui aboutiront à des situations que nous ne savons même pas encore envisager... Mais vu l'ampleur des manifestations et la faiblesse du régime, j'ai du mal à croire que tout cela ne mène pas à un immense changement, quel qu'il soit. »
Comme de nombreux Israéliens, Raz Zimmt observe donc les événements avec attention, tout en se tenant prêt à toutes les éventualités dans cette région du Moyen-Orient où les équilibres pourraient être profondément bouleversés.



