Iran : un affaiblissement très relatif du régime après les frappes aériennes
Iran : un affaiblissement très relatif après les frappes

Iran : un affaiblissement très relatif du régime après les frappes aériennes

Avant le 28 février, le régime politique de la République islamique d'Iran était considéré, à juste titre, comme une menace majeure pour son propre peuple et pour toute la région. Cette perception s'appuyait sur son programme nucléaire militaire, son arsenal conventionnel de frappe à grande distance et ses organisations armées alliées – les fameux proxys.

Des capacités militaires préservées malgré les frappes

À présent, alors que le cessez-le-feu tient toujours, le régime est tenu d'une main plus ferme que jamais par les Gardiens de la Révolution islamique. Le programme nucléaire a certes été affecté, mais on ignore toujours la réalité exacte de son avancement. L'arsenal de frappes est peut-être réduit de moitié, mais les Gardiens de la Révolution peuvent toujours lancer, pendant des semaines ou des mois, des salves de drones, des frappes à longue portée et des missiles balistiques.

On s'aperçoit, enfin, que les proxys, en particulier le Hezbollah libanais, ne sont pas aussi affaiblis qu'annoncé. Peut-être pire encore, et visiblement à la grande surprise de l'administration américaine, les Gardiens de la Révolution ont également pris en otage le détroit d'Ormuz, profitant de l'occasion pour bloquer le commerce international tout en faisant des affaires.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un coût élevé pour des résultats limités

Ce maigre bilan a, par ailleurs, été payé plus cher que prévu. Pas forcément en pertes humaines, relativement faibles du côté des coalisés pour une guerre de cette ampleur. Mais en dégâts matériels, avec 30 aéronefs américains détruits. Notamment des actifs rares et coûteux comme un avion E-3 Sentry Awacs, ainsi que de précieux grands radars au sol ou des terminaux de communication.

Le stock de munitions critiques (missiles de croisière mer-sol ou air-sol et missiles intercepteurs), essentiel pour la dissuasion conventionnelle face à la Chine, a par ailleurs été très entamé. Même pour les États-Unis, cela fait beaucoup pour seulement trente-neuf jours d'une confrontation aussi dissymétrique.

Des dommages collatéraux considérables

Les dommages collatéraux sont également considérables pour l'économie internationale, qui mettra du temps à se remettre du choc subi. Il faudra sans doute plus de temps encore pour rétablir les relations des États-Unis avec leurs alliés. Réprimandés par l'administration Trump comme si tout ce chaos était de leur faute, ces derniers doutent désormais fortement de la pertinence de la protection américaine.

L'effet « tondeuse à gazon » : une stratégie limitée

Tout cela était, hélas, assez prévisible. Dans un plan bien conçu, on part de l'« état final recherché » et on réunit ensuite les moyens et la manière nécessaires pour y parvenir. Cette fois, les États-Unis et Israël ont surtout commencé par considérer les moyens qu'il était possible de mettre en place pour attaquer l'Iran.

Ces moyens étaient limités pour Israël à sa force de frappe aérienne et à son réseau clandestin en Iran, alors que les États-Unis avaient apparemment toute la plénitude de leurs forces à leur disposition. Comme Donald Trump ne voulait surtout pas que l'on puisse lui reprocher de s'être lancé dans une nouvelle guerre longue au Moyen-Orient, il a réduit les moyens américains à une force de frappes purement aérienne ou aéronavale, et à des batteries d'intercepteurs antimissiles, en y ajoutant une petite force clandestine.

Il a en revanche repoussé avec horreur l'idée de déployer de grandes unités terrestres, qu'elles soient lourdes (blindées) – pour des opérations de conquête – ou légères – pour des missions de raids. Le problème est qu'avec une force de frappe aérienne comme outil militaire, on ne peut réaliser que… des frappes aériennes.

Une tactique répétitive aux résultats temporaires

Or, on a toujours le plus grand mal à voir émerger un résultat stratégique décisif de ces centaines de destructions quotidiennes. Les coalisés ont pourtant déclaré que c'était enfin possible, et même très vite, grâce à la précision inégalée de leurs capacités de ciblage, en particulier celle des Israéliens, capables de traquer et de tuer n'importe quel individu précis.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Ils croyaient pouvoir désagréger un régime politique à coups de bombes et de missiles ou, à défaut, l'affaiblir suffisamment pour le mettre à la merci d'une révolte populaire. Pour le reste, et plus classiquement, on pouvait rapidement réduire à zéro le potentiel de menace militaire nucléaire et conventionnelle. Rien n'était dit en revanche sur la manière de reprendre le contrôle d'un détroit de cette façon.

C'était d'autant plus un leurre que cette manière de faire a été répétée pendant des dizaines d'années, avec pour seul effet à chaque fois un affaiblissement provisoire de l'ennemi. Elle était parfaitement attendue par un adversaire organisé en conséquence. Au bilan, cette tactique de la tonte de gazon, par ailleurs très incomplète et avec quelques ratés dans la machine, n'a pas permis d'obtenir autre chose… qu'une simple tonte avant repousse.

Des perspectives incertaines pour la suite

À ce stade, renoncer à la guerre serait évidemment un échec pour les coalisés, mais pour continuer et réussir, il faudra qu'ils engagent davantage de moyens de frappe et des forces différentes (ce qui est enclenché), tout en prenant plus de risques. Certes, ce sera un peu plus compliqué. Mais ce sera plus efficace que de menacer tous les deux jours de détruire à l'explosif un territoire que l'on avait promis de sauver quelque temps plus tôt.