Iran : scepticisme populaire avant les pourparlers de paix avec les États-Unis
Iran : scepticisme avant les pourparlers de paix avec les USA

Iran : scepticisme populaire avant les pourparlers de paix avec les États-Unis

Alors que des pourparlers entre les États-Unis et l’Iran doivent débuter ce samedi à Islamabad, au Pakistan, pour tenter de mettre fin à six semaines de conflit, une vague de scepticisme et de doutes submerge la population iranienne. Les efforts diplomatiques se multiplient pour consolider le fragile cessez-le-feu en cours et le transformer en un accord de paix durable. Pourtant, à Téhéran, des habitants livrent un sentiment mêlé de colère, de terreur, d’ironie grinçante et de désillusion profonde.

Un accord temporaire jugé peu crédible

Amir, artiste de 40 ans, exprime son pessimisme : « Je ne pense pas que cet accord temporaire et ces négociations dureront même une semaine. En Iran, les extrémistes y sont complètement opposés et disent : ‘Nous sommes en train de gagner, pourquoi un cessez-le-feu ?’ ». Selon lui, l’appareil répressif iranien, dont les gardiens de la révolution, armée idéologique du pouvoir, sont jugés renforcés par la guerre. « Ils ne comprennent pas la paix », ajoute-t-il amèrement.

Sheida, 38 ans, constate que les incertitudes entourant les pourparlers génèrent un mouvement de panique économique. « Tout le monde règle dans la précipitation ses affaires financières. À part un petit groupe de gens aisés, les gens ont peur des dettes et de l’argent qu’on leur doit et qu’ils ne reverront peut-être jamais », explique-t-elle.

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Entre reprise des frappes et maintien du régime : un choix impossible

Pour de nombreux Iraniens, le dilemme est cruel : entre une reprise de frappes aériennes terrifiantes et le maintien du système de la République islamique, aucun scénario ne semble acceptable. Sheida avoue : « J’ai peur en même temps que la guerre recommence et que le régime reste. Ce qu’on a essayé de construire pendant toutes ces années, malgré toutes les épreuves et une économie désastreuse, a disparu. Et ceux qui sont au pouvoir sont encore plus agressifs ».

Amir, quant à lui, ne voit d’avenir que dans la lutte, même en cas d’accord. « Nous continuerons à nous battre, car il n’y aura rien au bénéfice du peuple et nous ne pardonnerons pas à nos meurtriers ». Il rappelle les événements récents : « En une nuit, des millions d’entre nous sont descendus dans la rue. Et en rentrant, près de 50 000 d’entre nous manquaient à l’appel ».

Un bilan de la répression difficile à vérifier

Le bilan de la répression des manifestations de janvier reste impossible à vérifier avec précision. Les autorités iraniennes ont évoqué plus de 3 000 morts, incluant des « martyrs » innocents, des « terroristes » et des « émeutiers ». D’autres sources, en Iran et à l’étranger, sont allées jusqu’à parler de 25 000 morts, alimentant la confusion et la méfiance.

Incertitude face à la stratégie américaine de Donald Trump

Un habitant de Téhéran, âgé de 30 ans, peine à décrypter les ambitions de Donald Trump dans ces discussions, au vu de ses contradictions apparentes. « On ne devrait pas prendre Trump aussi au sérieux. Il veut rayer une civilisation de la carte et douze heures plus tard, met en place un cessez-le-feu qui ne repose sur rien », résume-t-il. « La majorité de ce qu’il dit n’est qu’absurdités. Mais ce qui l’aide, c’est qu’on ne sait jamais lesquelles vont finir par se produire ».

Sheida questionne elle aussi la stratégie de la Maison-Blanche. « Franchement, Trump ne s’est-il vraiment pas rendu compte que les Américains pourraient être coincés si le détroit d'Ormuz était fermé ? », interroge-t-elle, en référence à ce passage stratégique aujourd’hui de facto bloqué par l’Iran.

Shahrzad, femme au foyer de 39 ans, ne tolère pas les menaces du président américain mardi selon lesquelles une « civilisation entière allait mourir ». « J’avais espéré la chute du régime islamique et accepté les difficultés de la guerre. Mais je me rends compte que cet homme se joue du monde entier et n’a aucune humanité », explique-t-elle avec amertume.

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La pérennité du pouvoir iranien en question

Sara, 44 ans, graphiste dans la capitale, constate : « Ce gouvernement est idéologique et ne va pas s’effondrer facilement. Ce pays ne sera jamais en paix à cause de ces gens et de cette idéologie ». Amir estime que les dirigeants épargnés par les frappes « continueront à se battre et sont prêts à tout détruire juste pour l’emporter ». Pour lui, « la seule solution est que le peuple se soulève de nouveau ou que le régime soit détruit par la guerre ».

La possibilité d’un autre soulèvement populaire reste incertaine. Un trentenaire, qui ne souhaite pas donner son prénom, tranche avec réalisme : « Ne manifestez pas si vous voulez vivre », reflétant la peur et la résignation qui traversent une partie de la société iranienne.