Les négociateurs iraniens et américains sont arrivés en Suisse ce samedi 21 juin pour des pourparlers indirects, tandis que Téhéran a annoncé la fermeture du détroit d'Ormuz, une voie maritime stratégique par laquelle transite environ 20 % du pétrole mondial. Cette décision, confirmée par le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, intervient dans un contexte de tensions accrues après une série d'attaques contre des installations pétrolières saoudiennes attribuées à l'Iran.
Fermeture du détroit d'Ormuz : une escalade sans précédent
La fermeture du détroit d'Ormuz, annoncée vendredi soir par Téhéran, constitue une escalade majeure dans le conflit qui oppose l'Iran aux États-Unis et à leurs alliés régionaux. Le détroit, large de seulement 33 kilomètres à son point le plus étroit, est un passage obligé pour le pétrole en provenance du golfe Persique. Selon l'Agence internationale de l'énergie, environ 17 millions de barils de pétrole par jour transitent par cette voie, soit près d'un cinquième de la consommation mondiale.
Le président iranien, Ebrahim Raïssi, a justifié cette mesure en déclarant que « la sécurité du détroit d'Ormuz ne peut être garantie tant que les intérêts nationaux de l'Iran ne seront pas respectés ». Cette décision fait suite à l'échec des négociations sur le programme nucléaire iranien, les États-Unis ayant rejeté les dernières propositions de Téhéran.
Pourparlers en Suisse : une fenêtre diplomatique étroite
Les délégations américaine et iranienne sont arrivées à Genève pour des discussions indirectes, médiatisées par l'Union européenne. Le chef de la délégation américaine, l'envoyé spécial Robert Malley, a déclaré avant son départ : « Nous sommes prêts à explorer toutes les voies diplomatiques, mais nous ne tolérerons pas la fermeture du détroit d'Ormuz. » De son côté, le négociateur iranien, Ali Bagheri, a affirmé que « l'Iran ne reculera pas face aux pressions et que la fermeture du détroit est une réponse aux violations américaines ».
Les pourparlers devraient se concentrer sur la levée des sanctions américaines et les garanties de sécurité pour l'Iran. Cependant, la fermeture du détroit complique considérablement la donne, les États-Unis ayant déjà annoncé le déploiement de navires de guerre dans la région.
Impact économique mondial : le prix du pétrole flambe
L'annonce de la fermeture du détroit d'Ormuz a provoqué une flambée des cours du pétrole. Le baril de Brent a bondi de plus de 12 % en une seule séance, dépassant les 95 dollars, un niveau inédit depuis plusieurs années. Les marchés boursiers asiatiques et européens ont également chuté, les investisseurs redoutant une perturbation majeure des approvisionnements énergétiques.
Les pays consommateurs, notamment en Asie, sont particulièrement vulnérables. Le Japon, la Corée du Sud et l'Inde importent une part importante de leur pétrole via le détroit d'Ormuz. Selon les analystes, une fermeture prolongée pourrait entraîner une récession mondiale, comparable à celle de 1973.
Réactions internationales : condamnations et appels à la désescalade
La communauté internationale a vivement condamné la décision iranienne. Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé à une « désescalade immédiate » et à la reprise des négociations. L'Union européenne a qualifié la fermeture du détroit de « violation du droit international » et a exigé sa réouverture.
L'Arabie saoudite, principal rival régional de l'Iran, a annoncé qu'elle augmenterait sa production de pétrole pour compenser les pertes, mais sa capacité de production supplémentaire est limitée. Les Émirats arabes unis ont proposé une médiation, tandis que la Russie a appelé à la retenue de toutes les parties.
Scénarios possibles : vers un conflit ouvert ?
Les experts estiment que la fermeture du détroit d'Ormuz pourrait dégénérer en conflit armé si les États-Unis décident d'intervenir militairement pour rouvrir la voie maritime. Le Pentagone a déjà renforcé sa présence dans le golfe Persique, avec le déploiement du groupe aéronaval de l'USS Dwight D. Eisenhower.
Cependant, une intervention militaire comporterait des risques élevés, notamment une escalade régionale impliquant les forces iraniennes et leurs alliés, comme le Hezbollah au Liban ou les Houthis au Yémen. Selon un diplomate occidental cité par l'AFP, « les négociations en Suisse sont la dernière chance d'éviter une guerre ouverte ».
En attendant, les marchés restent en alerte, et les compagnies pétrolières cherchent des routes alternatives, comme le détroit de Malacca ou l'oléoduc stratégique reliant l'Irak à la Turquie. Mais ces solutions ne pourront compenser qu'une fraction du trafic perdu.



