Crise maritime au détroit d'Ormuz : tensions extrêmes entre Washington et Téhéran
Le président américain Donald Trump a menacé lundi de « destruction » tout « navire d'attaque rapide » iranien qui tenterait de forcer le blocus des ports de l'Iran, désormais entré en vigueur. Cette déclaration intervient au lendemain de l'échec des pourparlers entre les deux pays, plongeant la région dans une escalade inquiétante.
Un blocus américain dénoncé comme « illégal » par l'Iran
L'armée américaine avait annoncé que le blocus des navires entrant ou sortant des ports et zones côtières iraniens entrerait en vigueur à 14 heures GMT, sans en détailler les modalités précises. « Si l'un de ces navires s'approche ne serait-ce qu'un peu de notre BLOCUS, il sera immédiatement DETRUIT », a clarifié Donald Trump sur sa plateforme Truth Social.
En réponse, l'Iran a dénoncé un acte « illégal » de « piraterie » et a averti qu'il s'en prendrait aux ports de ses voisins du Golfe si « la sécurité des ports de la République islamique (...) était menacée ». Téhéran a également affirmé que 34 navires étaient passés par le détroit d'Ormuz ce dimanche, soit « de loin le nombre le plus élevé depuis le début de cette fermeture insensée ».
Impact immédiat sur les marchés pétroliers et réactions internationales
L'annonce du blocus a immédiatement fait flamber les cours du pétrole et replongé les marchés mondiaux dans l'incertitude. Le centre de réflexion américain Soufan Center analyse : « On peut supposer que l'intention de Trump est d'essayer de priver l'Iran de ses revenus d'exportation et d'obliger ses principaux importateurs de pétrole, particulièrement la Chine, à faire pression sur Téhéran pour qu'il lève son blocage du détroit d'Ormuz ».
La Chine, qui dépend largement de l'Iran pour son approvisionnement pétrolier, a appelé au rétablissement d'une navigation « sans entraves » dans ce passage stratégique. Le Qatar a quant à lui appelé à ne pas utiliser les voies maritimes comme moyen de « marchandage », tandis que le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a exhorté « toutes les parties » à respecter la liberté de navigation.
Divisions diplomatiques et conséquences humanitaires
Si le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a apporté son soutien au blocus américain, Londres a déclaré ne pas le soutenir, et Madrid a estimé qu'il n'avait « aucun sens ». Le porte-parole de l'ONU, Stéphane Dujarric, a souligné : « Nous devons nous rappeler que quelque 20 000 marins se retrouvent pris dans ce conflit, bloqués sur des bateaux avec des difficultés augmentant chaque jour ».
Nils Haupt, directeur de la communication du géant allemand du transport maritime Hapag-Lloyd, a déclaré : « D'un point de vue commercial, cela ne soulage pas vraiment notre peine. Notre intérêt premier est la réouverture du détroit d'Ormuz, un commerce libre de et vers le Golfe ».
Échec des pourparlers et accusations mutuelles
L'incapacité de Washington et Téhéran à trouver un accord lors des pourparlers au Pakistan inquiète profondément, après plus d'un mois d'une guerre qui a fait plus de 6 000 morts, principalement en Iran et au Liban. Donald Trump a imputé l'échec au refus des Iraniens de renoncer à se doter de l'arme nucléaire, une ambition que Téhéran dément catégoriquement.
Selon l'Iran, un accord était proche, mais « malheureusement, nous avons été témoins de demandes continuellement excessives de la partie américaine », a déclaré le chef de la diplomatie Abbas Araghchi. Benjamin Netanyahou a quant à lui affirmé que la rupture était venue du côté américain, faute « d'ouverture immédiate du détroit d'Ormuz ».
Escalade régionale et situation au Liban
Sur le front libanais, Israël poursuit sa campagne contre le Hezbollah, allié de Téhéran, soutenant que le Liban n'était pas concerné par le cessez-le-feu. Les autorités libanaises ont annoncé quatre morts dans le Sud, tandis que l'armée israélienne a déclaré avoir frappé 150 cibles du Hezbollah ces dernières 24 heures.
L'armée israélienne a également annoncé avoir achevé « l'encerclement » de la ville de Bint Jbeil, où elle a lancé un assaut, marquant une avancée significative de son offensive terrestre dans le Sud. Le Hezbollah a de son côté affirmé avoir lancé des roquettes sur deux localités israéliennes proches de la frontière.
Des pourparlers sont prévus mardi entre des représentants libanais et israéliens à Washington, que le Hezbollah a comparé à une « capitulation », exigeant leur annulation immédiate. Le maintien du cessez-le-feu, qui expire le 22 avril, reste une « priorité absolue » selon le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, mais l'issue demeure incertaine alors que les tensions continuent de monter en flèche.



