Cessez-le-feu USA-Iran : Les marchés soulagés mais la situation reste fragile
Cessez-le-feu USA-Iran : Marchés soulagés, situation fragile

Cessez-le-feu USA-Iran : Un soulagement mondial aux effets économiques immédiats

Le cessez-le-feu intervenu dans la nuit de mardi à mercredi entre les États-Unis et l'Iran a fait pousser un immense soupir de soulagement à l'échelle planétaire. Sur le front économique, les réactions des marchés ont été instantanées et positives, mais les experts mettent en garde contre un retour à la normale trop rapide. L'entrée en vigueur de cet accord, accompagnée de la réouverture stratégique du détroit d'Ormuz, a généré des répercussions économiques immédiates, bien que la situation demeure précaire puisque ce cessez-le-feu n'est conclu que pour une durée limitée de deux semaines.

Un impact spectaculaire sur les marchés financiers et énergétiques

L'effet a été foudroyant sur les places boursières et les cours des matières premières. Dès l'annonce du cessez-le-feu par l'administration Trump, les prix du pétrole ont entamé une chute vertigineuse. Le Brent a ainsi plongé de près de 33% à l'ouverture mercredi matin, tandis que le WTI (West Texas Intermediate), la référence américaine, accusait une baisse de 14%. En milieu de journée, le baril de Brent s'échangeait autour de 95 dollars et le WTI à 96 dollars.

Cette dégringolade des cours pétroliers s'est traduite par un rebond généralisé des bourses mondiales. Le CAC 40 a progressé d'environ 3,5%, un mouvement similaire étant observé à Francfort, ainsi que sur les marchés américains et asiatiques. D'un point de vue microéconomique, cette baisse du prix du pétrole devrait se répercuter relativement rapidement sur les prix à la pompe pour les consommateurs français, avec une diminution estimée entre 5 et 10 centimes par litre. Cette perspective a été confirmée par Sébastien Lecornu et Olivier Gantois, président de l'Union française des industries pétrolières (UFIP), dès le mercredi après-midi.

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Le phénomène "Rockets and feathers" : Une baisse plus lente que la hausse

Il ne faut cependant pas s'attendre à un retour immédiat aux prix d'avant-crise dans les stations-service. La transmission des variations du prix du pétrole vers les pompes s'effectue toujours plus rapidement à la hausse qu'à la baisse. "Une étude allemande récente démontre qu'une augmentation d'1 centime du prix du pétrole entraîne une hausse de 0,117 centime des prix à la pompe, alors qu'une baisse équivalente du brut ne provoque qu'une diminution de 0,059 centime", explique Raphaël Chiappini, professeur d'économie à Bordeaux Sciences économiques.

"C'est ce qu'on appelle l'effet 'Rockets and feathers'. Plusieurs mécanismes expliquent cette asymétrie. Premièrement, la gestion des stocks et les coûts d'ajustement : les raffineurs et distributeurs disposent de stocks achetés à un coût antérieur. Quand le prix du brut augmente, ils appliquent immédiatement le coût de remplacement. À l'inverse, lors d'une baisse, ils attendent avant de réduire leurs prix pour ne pas vendre en dessous de leur coût d'acquisition. Deuxièmement, les coûts de recherche des consommateurs : lorsque les prix montent, les automobilistes savent que l'augmentation est généralisée et réduisent leur recherche du meilleur prix, permettant aux stations d'ajuster rapidement à la hausse. Il existe une coordination tacite des distributeurs qui accélère les hausses et ralentit les baisses."

Conséquations sur le gaz naturel et effet retard

Par un hasard du calendrier, la Commission de régulation de l'énergie (CRE) a annoncé ce mercredi, simultanément au cessez-le-feu, une augmentation de 15,4% du prix du gaz. Cette hausse découle pourtant directement du conflit au Moyen-Orient et de l'alignement des prix. "Le prix du gaz est partiellement indexé sur celui du pétrole", souligne Raphaël Chiappini. "Le gaz naturel européen avait progressé d'environ 60% depuis le début des hostilités. Cette augmentation se répercute aujourd'hui sur les factures des consommateurs français et européens, même si l'annonce du cessez-le-feu a provoqué une baisse d'environ 20% du prix du gaz."

Concrètement, le prix pour les consommateurs passera de 139,12 euros/MWh au 1er avril à 160,54 euros/MWh au 1er mai, illustrant cet effet retard dans la transmission des variations de prix.

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Une accalmie fragile et temporaire

Malgré le cessez-le-feu, l'incertitude persiste car cet accord n'est annoncé que pour deux semaines. L'arrêt des hostilités produit des impacts instantanés sur des variables à très court terme comme les bourses, le prix du gaz et le prix du pétrole. Mais "pour anticiper les évolutions à moyen et long terme, il faut que le cessez-le-feu devienne pérenne", poursuit Raphaël Chiappini. "Et que le trafic dans le détroit d'Ormuz reprenne pleinement, puisqu'il représente environ 20% des flux pétroliers mondiaux. Ce cessez-le-feu limite l'escalade, mais nous ne sommes pas à l'abri d'un rebond potentiel qui pourrait affecter l'inflation globale en zone euro et en France."

La situation économique reste donc fragile, tributaire de la pérennisation de cette trêve et de la reprise complète du trafic maritime dans cette région stratégique pour l'approvisionnement énergétique mondial.