Blocus américain d'Ormuz : une stratégie périlleuse aux risques d'escalade incontrôlés
L'annonce par l'ancien président américain Donald Trump de l'entrée en vigueur d'un blocus du détroit d'Ormuz et des ports iraniens a déclenché une onde de choc géopolitique. Cette décision, analysée par Dominique Moïsi, cofondateur de l'Ifri et géopolitologue de renom, est qualifiée de stratégie de l'escalade, visant à augmenter la pression sur l'Iran pour obtenir des concessions lors des négociations.
Un risque d'accident et d'escalade non maîtrisée
Selon Dominique Moïsi, cette approche est intrinsèquement dangereuse. "C'est une stratégie dangereuse parce qu'on risque l'accident", explique-t-il. Les forces iraniennes pourraient infliger des pertes significatives en ciblant un navire, ce qui provoquerait une réplique violente des États-Unis, entraînant une escalade non contrôlée. Les négociations précédentes à Islamabad ont échoué en raison de positions inflexibles des deux parties, chacune se croyant supérieure, rendant un compromis difficile.
Impacts économiques mondiaux : hausse des prix et rationnement
Les conséquences économiques d'un blocus total seraient multiples et sévères. Si le passage maritime devenait impossible, cela déclencherait :
- Une nouvelle augmentation des prix à la pompe, avec le baril de pétrole déjà repassé au-dessus de 100 dollars depuis le début du blocus.
- Un début de rationnement dans les grands pays européens et asiatiques, affectant les produits dérivés du pétrole, y compris ceux utilisés en agriculture.
- Une hausse des coûts de transport due à des détours, rendant les conteneurs plus chers et impactant l'économie mondiale dans son ensemble.
Le président de Total, Patrick Pouyanné, souligne qu'un péage serait préférable à un blocage, évitant des pénuries critiques. De plus, une escalade pourrait entraîner la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb, contrôlé par les Houthis du Yémen, proxy de l'Iran, aggravant la situation.
Asphyxie économique de l'Iran et vulnérabilités globales
Bien que le blocus vise à asphyxier économiquement l'Iran, Dominique Moïsi note que la capacité des Iraniens à endurer la souffrance est plus grande que celle des Occidentaux ou des Chinois. Cependant, le coût sera élevé pour tous, avec des pays plus développés et démocratiques moins enclins à accepter des privations, comme la réduction des déplacements pendant les vacances, affectant la psyché nationale.
Rôles des puissances mondiales : Chine, France et Royaume-Uni
Les pays les plus impactés incluent la Chine et l'Inde, dépendantes des hydrocarbures du Moyen-Orient. Bien que la Chine ait développé une flotte navale compétitive, elle préfère jouer un rôle de modération plutôt que de prendre des risques directs. La France et le Royaume-Uni possèdent les capacités pour contribuer à rétablir la liberté de circulation, mais ne peuvent empêcher une guerre navale massive entre les États-Unis et l'Iran, se limitant à un rôle d'appoint.
En conclusion, le blocus américain du détroit d'Ormuz représente une manœuvre risquée, avec des implications géopolitiques et économiques profondes, nécessitant une vigilance accrue pour éviter une catastrophe régionale.



