Le bilan du double séisme qui a frappé le nord du Venezuela le mercredi 24 juin 2026 a été révisé à la hausse : on dénombre désormais environ 2 595 morts, selon les dernières estimations. L'ONU fait état de près de 50 000 disparus. Ce lundi 29 juin, une nouvelle secousse de magnitude 4,6 a de nouveau ébranlé Caracas et La Guaira.
Un contexte tectonique particulièrement actif
Pour comprendre cette catastrophe, il faut revenir sur la situation sismologique du Venezuela. Selon Jean-Paul Ampuero, sismologue au laboratoire Géoazur et directeur de recherche à l'Institut de recherche pour le développement (IRD), le nord du pays se situe à la frontière entre les plaques tectoniques Caraïbe et sud-américaine. "Elles glissent l'une par rapport à l'autre le long d'un système de faille qui fait des centaines de kilomètres, de la Colombie jusqu'à la frontière orientale du Venezuela", explique-t-il. Cette faille, nommée Boconó, El Pilar ou San Sebastián selon son emplacement, accumule de l'énergie à raison d'un à deux centimètres par an. "Dans les 200 ans qui se sont écoulés depuis le dernier très grand séisme sur cette faille, il y a eu largement le temps d'accumuler plusieurs mètres de déplacement qui attendaient d'être relâchés", ajoute le chercheur. C'est précisément ce qui s'est produit le 24 juin : l'énergie tectonique accumulée s'est libérée brutalement.
Des répliques normales mais dévastatrices
Les secousses ressenties après le 24 juin, dont celle du 29 juin, sont des répliques. "Il y a quelque chose de tout à fait normal, qu'on observe après tous les séismes : ce sont les répliques. Leur nombre diminue au cours du temps", précise Jean-Paul Ampuero. Il n'est pas rare qu'une réplique d'un grand séisme soit de magnitude modérée, voire assez violente. Pour un séisme de magnitude 7 à 7,5, on peut s'attendre à des répliques de magnitude 6 à 6,5.
Des lacunes dans la surveillance et l'alerte
Interrogé sur la capacité des réseaux de surveillance vénézuéliens à anticiper la catastrophe, le sismologue est réservé. "Dans tout pays sismique, il existe des réseaux dont l'efficacité dépend beaucoup des aléas économiques. Et le Venezuela, comme on le sait, traverse des moments très difficiles depuis des années", rappelle-t-il. Il a lui-même travaillé au Venezuela il y a une vingtaine d'années, où il existait alors un bon réseau. Mais en 2018, après un séisme important, il a constaté que "de nombreuses stations n'étaient plus opérationnelles". Pour le doublet sismique du 24 juin, il ignore si tous les sismomètres étaient actifs, mais il est clair qu'il y a eu "des lacunes au niveau des systèmes d'alerte rapide".
Des constructions inadaptées et un effet de directivité
Les conséquences terribles de ce séisme s'expliquent aussi par la vulnérabilité des constructions. "Dans ces pays qui connaissent des instabilités, ce sont souvent d'autres sujets qui sont priorisés. On le voit notamment dans la façon dont un pays construit. Un sismomètre ne va pas sauver une vie contrairement à un bâtiment adapté", souligne Jean-Paul Ampuero. Au Venezuela, il existe de nombreuses constructions informelles qui ne respectent pas les normes parasismiques. Mais les facteurs les plus aggravants sont liés aux caractéristiques du séisme lui-même. "On a eu deux séismes séparés par une trentaine de secondes. Cette accumulation de deux chocs en moins d'une minute peut avoir tendance à largement amplifier les dégâts", explique-t-il. De plus, l'épicentre se trouvait à l'ouest de Caracas, et la rupture s'est propagée d'ouest en est. "En sismologie, on parle de la directivité : l'énergie sismique se concentre dans la direction vers laquelle se propage la rupture. Ici, elle a donc tapé directement en direction de la ville", conclut le chercheur.



