En Thaïlande, le projet de pont terrestre inquiète les pêcheurs
Thaïlande : un pont terrestre inquiète les pêcheurs

En Thaïlande, un vaste projet de pont terrestre reliant la mer d'Andaman au golfe de Thaïlande suscite l'inquiétude des communautés de pêcheurs. Ce corridor de transport de 90 kilomètres, destiné à contourner le détroit de Malacca, menace directement les moyens de subsistance de milliers de familles.

Un projet contesté par les habitants

Le gouvernement thaïlandais a présenté ce projet comme un levier de développement économique. Mais pour les pêcheurs locaux, il représente une catastrophe annoncée. « Si on ne peut plus aller pêcher, on n'aura plus de travail, ni d'argent », témoigne un habitant de la province de Ranong, cité par Libération.

Selon une étude d'impact, environ 3 000 ménages de pêcheurs seraient directement affectés. Les zones de pêche, riches en poissons et crustacés, seraient perturbées par les travaux de construction et l'augmentation du trafic maritime.

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Des conséquences économiques et sociales

Au-delà des pêcheurs, ce sont des filières entières qui pourraient s'effondrer. « La transformation du poisson, le mareyage, la vente sur les marchés… Tout cela repose sur la pêche artisanale », explique un responsable associatif local. Le projet prévoit la construction de ports en eau profonde, de zones industrielles et de voies ferrées, transformant radicalement le paysage côtier.

Les défenseurs de l'environnement alertent aussi sur les risques pour les écosystèmes marins. « Les mangroves et les récifs coralliens seront gravement endommagés », souligne un rapport de l'ONG Greenpeace. La biodiversité, déjà menacée par la surexploitation, subirait un choc supplémentaire.

Une alternative contestée au détroit de Malacca

Le pont terrestre est présenté comme une alternative au détroit de Malacca, l'une des routes maritimes les plus fréquentées au monde. « Il permettrait de réduire de plusieurs jours le trajet des navires entre l'océan Indien et le Pacifique », affirme le ministère des Transports thaïlandais. Mais les opposants estiment que les bénéfices économiques sont surestimés.

« Les investisseurs étrangers, notamment chinois, sont les principaux promoteurs de ce projet. Les Thaïlandais n'en verront que les inconvénients », dénonce un porte-parole d'une coalition d'ONG. Le coût total est estimé à 30 milliards de dollars, une somme qui pourrait être investie dans des infrastructures moins destructrices.

Une mobilisation citoyenne grandissante

Face à ce projet, les habitants se mobilisent. Des pétitions ont recueilli des milliers de signatures, et des manifestations ont eu lieu à Bangkok et dans les provinces concernées. « Nous ne sommes pas contre le développement, mais il doit respecter notre mode de vie et l'environnement », plaide un leader communautaire.

Le gouvernement assure que des études d'impact approfondies sont en cours et que des mesures de compensation seront mises en place. Mais les pêcheurs restent sceptiques. « On nous promet des emplois dans les nouvelles zones industrielles, mais nous ne sommes pas qualifiés pour ces postes », regrette un pêcheur de Krabi.

Un avenir incertain

Le projet de pont terrestre est encore en phase de planification, mais les premières échéances sont fixées pour 2025. D'ici là, les opposants espèrent faire entendre leur voix. « Nous allons continuer à nous battre pour préserver notre territoire et notre identité », conclut un manifestant.

La Thaïlande se trouve à un carrefour : choisir entre un développement industriel rapide et la protection de ses communautés côtières. L'issue de ce bras de fer déterminera non seulement l'avenir des pêcheurs, mais aussi celui de l'environnement marin de la région.

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