Les incendies font rage en Occitanie, avec plusieurs milliers d'hectares partis en fumée dans le Gard, les Pyrénées-Orientales et l'Aude. Ces feux sont attisés par deux vents typiques de la région : la tramontane et le mistral. Alors que les stations météorologiques annoncent une nouvelle vague de chaleur et des rafales, le pronostic est mauvais. Voici pourquoi ces vents sont particulièrement dangereux.
Comment le vent attise-t-il le feu ?
Les courants d'air sont d'excellents accélérateurs de feux, explique Nicolas Martin, chargé de recherche à l'Inrae. Avant même l'incendie, le vent prépare le terrain en transformant la matière organique en combustible facile à grignoter : « Le vent dessèche la végétation en augmentant les échanges eau/air entre les feuilles et l'air. Plus cet air est sec, plus il va dessécher les plantes. » Rendu plus vulnérable et moins chargé d'eau, la végétation se transforme en paille. Au moindre départ d'incendie, le vent n'a plus qu'à renouveler l'oxygène. Sans parler des sautes de feu : des départs de feux secondaires créés par des brindilles enflammées qui s'envolent à parfois plusieurs centaines de mètres du foyer.
Paradoxalement, l'hiver très humide que nous venons de traverser ne joue pas en notre faveur, rappelle Alix Roumagnac, président de Predict Service. Il a permis à de nouvelles végétations de se développer : « Les arbustes se sont beaucoup plus développés, puis ils ont été asséchés par le coup de chaleur de mai, puis de juin. Et puis la tempête Nils est passée au printemps, notamment dans l'Aude, il y a beaucoup d'arbres qui se sont couchés. »
Quelle est la particularité de la tramontane et du mistral ?
Ces deux vents du Sud sont les pires des agitateurs. Parce qu'ils viennent de la terre, ils sont très secs. Leur capacité à attiser les flammes et à assécher les plantes est décuplée. Nicolas Martin confirme : « C'est un vent de terre qui a tendance à être en général un petit peu plus froid parce qu'il vient du nord, mais par contre, il est plus sec. » À l'inverse, « les vents marins sont moins dangereux parce qu'ils apportent de l'air humide », explique Alix Roumagnac.
Mistral et tramontane sont des vents synoptiques, c'est-à-dire des vents à grande échelle produits par des systèmes météorologiques pouvant atteindre plusieurs centaines, voire milliers de kilomètres. « Ils sont liés aux dépressions et aux anticyclones, abonde Alix Roumagnac. On a le mistral du côté de la vallée du Rhône, ou à gauche du Rhône, et la tramontane du côté de l'Aude et des P.-O. »
Pourquoi est-ce si imprévisible ?
À la tramontane et au mistral s'ajoutent parfois des vents marins. Certes moins dangereux, ils ont le pouvoir d'influencer la dynamique du feu. « Le fait que les vents changent, tournent, ça demande aux forces de lutte de se réorganiser en permanence », décrit Nicolas Martin. Pour le chercheur, « même si le vent du Sud-Est est un peu moins desséchant parce qu'il vient de la mer... il a malgré tout un effet qui va pousser les flammes et les aggraver par rapport à une situation sans vent ».
Et pour compléter ce tableau, termine Alix Roumagnac, il y a les vents thermiques. Lors d'un incendie, en plus des vents synoptiques s'ajoutent des courants d'air induits par les flammes : « C'est connu, les grands feux créent leur propre météo. Et là, c'est très difficile à maîtriser ou à modéliser parce que ça se passe à vraiment une échelle locale et c'est un facteur de dangerosité supplémentaire. » Preuve en est, ce cocktail a déjà entraîné la destruction de 4 600 hectares dans les Pyrénées-Orientales.



