Un nouveau témoignage a été présenté à la justice new-yorkaise dans le cadre du procès en appel qui oppose un exploitant agricole de Dordogne à un richissime marchand d'art. Cette affaire, qui dure depuis quinze ans, concerne un tableau du peintre Amedeo Modigliani intitulé "L'Homme assis (appuyé sur une canne)".
Les origines de la spoliation
L'histoire débute sous l'Occupation, lorsque le galeriste juif Oscar Stettiner est contraint de fuir Paris pour se réfugier avec sa famille en Dordogne. Ses tableaux sont confisqués par des collaborateurs du régime nazi et vendus en 1944, notamment la toile de Modigliani. En 1946, Oscar Stettiner porte l'affaire en justice pour récupérer son bien, mais sans succès. Le dernier possesseur connu, le galeriste John Van der Klip, affirme l'avoir revendu à un Américain dont on perd la trace.
La réapparition du tableau
L'œuvre réapparaît cinquante ans plus tard lors d'enchères, vendue par les héritiers Van der Klip pour 3,2 millions de dollars à la société IAC (International Art Center). En 2011, la société canadienne Mondex, spécialisée dans la traque d'objets spoliés pendant la Seconde Guerre mondiale, s'empare de l'affaire et défend le dernier héritier d'Oscar Stettiner, un exploitant agricole du village de La Force en Dordogne, Philippe Maestracci.
Les Panama Papers apportent des preuves
Mondex retrace le parcours de l'œuvre et accumule les preuves que le tableau volé est bien "L'Homme assis". En 2016, la fuite des Panama Papers révèle que la société IAC appartient au richissime marchand d'art David Nahmad. Pour Mondex, celui-ci ne pouvait ignorer l'origine spoliée de l'œuvre. Le tableau est aujourd'hui estimé à près de 25 millions d'euros.
Une victoire en première instance
Le 3 avril 2026, après plus de quinze ans d'enquête, la Cour suprême de l'État de New York reconnaît Philippe Maestracci comme seul propriétaire légitime et ordonne la restitution du tableau. Sans surprise, David Nahmad fait appel et produit un nouveau témoignage : celui d'un couple de Français qui affirme que le Modigliani possédé par les héritiers Van der Klip n'était pas "L'Homme assis".
Un témoignage contesté
Frédéric Allain et sa femme, sous serment, expliquent que la fille de John Van der Klip, leur marraine, cachait un tableau de Modigliani, mais qu'il ne s'agissait pas de "L'Homme assis". Ils l'ont vu pour la dernière fois en 1995 et affirment n'avoir aucun lien avec David Nahmad. Selon eux, le tableau représentait un homme, mais pas assis et sans canne.
Pour l'avocat de l'héritier périgourdin, Philip Landrigan, "ces déclarations ne sont que la dernière ruse employée par Nahmad pour tirer profit du butin nazi". Il rappelle que le juge a déjà examiné ces arguments et a tranché en faveur de son client.
L'avis d'un expert contesté
Les défenseurs de David Nahmad citent également l'historien de l'art Marc Restellini, spécialiste de Modigliani, qui vient de publier un catalogue raisonné. Il affirme qu'"il n'existe aucun fondement permettant d'établir qu'Oscar Stettiner a été propriétaire de ce tableau". Mais Philip Landrigan répond que ces arguments ont déjà été présentés et rejetés par le juge.
L'affaire doit être examinée en appel. Philippe Maestracci pourrait attendre encore quelques mois avant de savoir s'il pourra prendre possession du tableau. "J'ai bon espoir qu'il le récupère avant la fin de l'année", conclut son avocat.



