Mali : chute de Tessalit, les djihadistes progressent vers Bamako
Mali : chute de Tessalit, djihadistes progressent

Un nouveau point stratégique est tombé ce week-end aux mains de l’alliance rebelle du Mali. Les djihadistes du JNIM (Al-Qaïda au Sahel) et les Touaregs du Front de libération de l’Azawad (FLA) ont pris le contrôle du camp de Tessalit, quelques jours après s’être emparés de la ville clé de Kidal. Les groupes armés continuent de progresser dans le nord du pays et mettent le cap sur Bamako avec l’objectif de renverser la junte militaire.

Le Mali sous pression

Le Mali n’est pas tombé, mais il tremble. Les djihadistes sont en position de force. Les dernières semaines jettent le doute sur les capacités de la junte à faire face aux menaces des groupes armés, et sur l’efficacité des Russes à défendre leurs alliés au pouvoir. À quelques kilomètres de là, les voisins du Mali et partenaires de l’Alliance des États du Sahel (AES) « sont également menacés », estime Will Brown, chercheur au sein du programme Afrique du Conseil européen des relations extérieures (ECFR). Eux aussi sont dirigés par des militaires et soutenus par les paramilitaires russes de l’Africa Corps (ancien groupe Wagner).

Le JNIM sème son chaos au Burkina Faso

Le Burkina Faso et le Niger sont sous pression de groupes armés djihadistes. « De vastes régions du Burkina Faso échappent totalement à l’autorité de l’État, quoi qu’en disent les propagandistes », analyse le chercheur avant de préciser : « Le gouvernement contrôle et parvient à protéger, au mieux, environ 35 % du pays ». Comme au Mali, c’est aussi le JNIM qui sévit au Burkina Faso. Les djihadistes d’Al-Qaïda au Sahel contrôlent la zone de Yagadi, à une centaine de kilomètres de la première région militaire du pays, rappelle RFI.

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Toutefois, le groupe terroriste n’a pas la capacité à créer les mêmes alliances qu’au Mali. « Les Touaregs sont très divisés et le FLA n’a quasiment pas d’influence en dehors du Mali, le JNIM ne peut donc pas espérer mobiliser la même base combattante qu’au Nord Mali », précise Marc-Antoine Pérouse de Montclos, directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), spécialiste des conflits armés en Afrique subsaharienne.

L’État islamique domine au Niger

Au Niger, c’est l’EIGS (État islamique au Grand Sahara) qui a l’avantage. Et ça fait toute la différence. Car « le JNIM est le groupe djihadiste le plus structuré de la zone sur le plan politique », note par ailleurs Marc-Antoine Pérouse de Montclos, selon qui les troubles au Mali « ne sont pas réplicables ailleurs ». Il est, par ailleurs, très peu probable qu’une alliance voie le jour entre les deux groupes. « Ces alliances sont comme les sables du Sahara : elles changent au fil du temps mais le JNIM déteste profondément l’État islamique au Sahel », ajoute Alex Vines, directeur du programme Afrique au ECFR.

Cela ne protège, en revanche, pas le Niger d’attaques djihadistes comme en janvier dernier, quand l’État islamique a revendiqué une attaque sur l’aéroport de Niamey. L’EIGS sait comment profiter du chaos et sait tirer avantage des récents troubles causés par ses ennemis au Mali. Elle l’a d’ailleurs déjà fait en faisant du repérage sur « le territoire du JNIM au Burkina Faso » l’année dernière, souligne Will Brown.

Vers un sort commun ?

Si « les configurations sont très différentes d’un pays à l’autre », comme tient à le rappeler Marc-Antoine, les scénarios ont tendance à se répéter ces dernières années. Le Mali a été le premier à subir un coup d’État militaire en 2021, suivi par le Burkina Faso en 2022 puis le Niger en 2023. Comme au Mali, ses voisins ont réclamé le départ des troupes françaises de leur sol avant de s’allier avec les Russes pour lutter contre l’insurrection djihadiste.

Ces pays « subissent tous peu à peu le même sort », résume Will Brown. Au Sahel, ces trois gouvernements militaires « pensent que le meilleur moyen de vaincre une insurrection bien financée, dotée de ressources importantes et très motivée consiste uniquement à mener une lutte militaire à grande échelle », développe-t-il. Et sans jamais remettre en question leur gestion.

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Pour se maintenir, fort à parier que les juntes « chercheront à diversifier leurs prestataires de sécurité » sans répondre aux questions de fond qui fragilisent les sociétés, prévient Will Brown. « Nous risquons d’assister à une fragilité accrue, à de nouvelles tentatives de coup d’État et à une insécurité grandissante », abonde alors Alex Vines.