La Chine complique les négociations nucléaires avec l'Iran
La Chine complique les négociations nucléaires avec l'Iran

Alors que les États-Unis espèrent obtenir un nouvel accord sur le nucléaire iranien en échange d'un allègement des sanctions et de l'accès à une partie des quelque 100 milliards de dollars d'avoirs iraniens gelés à l'étranger, la Chine complique considérablement l'équation. Selon le Wall Street Journal, Pékin permet depuis plusieurs années à Téhéran de contourner les sanctions en réglant plusieurs transactions pétrolières en yuans plutôt qu'en dollars, réduisant ainsi la visibilité des autorités américaines sur ces flux financiers.

La stratégie chinoise pour contourner le dollar

Le passage à la monnaie chinoise réduit considérablement la capacité de surveillance des États-Unis, tandis que Pékin développe progressivement une infrastructure financière parallèle destinée à limiter l'influence américaine sur les échanges mondiaux. En avril dernier, les sanctions américaines ont visé une importante raffinerie chinoise, Hengli Petrochemical, accusée d'avoir acheté pour plusieurs milliards de dollars de pétrole iranien. L'entreprise a rejeté ces accusations, affirmant que son fournisseur lui avait certifié que le brut n'était pas d'origine iranienne. Elle a néanmoins indiqué que ses futures transactions pétrolières seraient réglées en yuans, provoquant l'inquiétude de Washington.

Des sociétés écrans à Hong Kong

Pendant des décennies, la domination du dollar a constitué un atout stratégique majeur pour les États-Unis. Environ 80 % du financement du commerce international repose encore sur la monnaie américaine, et comme la plupart des transactions en dollars transitent par des banques américaines, Washington dispose d'une capacité unique de surveillance et peut exclure certains acteurs du système financier en dollars. Pourtant, malgré les sanctions, l'Iran aurait perçu jusqu'à 43 milliards de dollars de recettes pétrolières en 2024, avant prise en compte de remises commerciales importantes. D'après le département du Trésor américain, la majorité de ces paiements ont été effectués en yuans, via notamment des sociétés écrans implantées à Hong Kong pour faciliter les transactions. Ces revenus servent ensuite à financer l'achat de pièces automobiles chinoises, de panneaux solaires, de biens industriels ou de services, et surtout l'acquisition de produits dits "à double usage", officiellement destinés à des applications civiles mais pouvant aussi avoir une utilité militaire, le tout hors de portée des autorités américaines.

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La Russie aussi impliquée

La Russie a suivi une trajectoire comparable après l'invasion de l'Ukraine en 2022. Face au durcissement des sanctions occidentales, une part croissante du commerce sino-russe a commencé à être réglée en yuans. Depuis le début de la guerre, le volume des transactions sur le Cross-Border Interbank Payment System (CIPS), un système de paiement international créé par la Chine en 2015, a doublé, tout comme le nombre d'institutions financières participantes. Résultat : plus de 90 % des échanges commerciaux entre la Russie et la Chine sont aujourd'hui effectués en yuans et en roubles selon les autorités russes, alors que le yuan ne représentait qu'environ 2 % du commerce extérieur russe en février 2022.

Progression du yuan à l'échelle mondiale

À l'échelle mondiale, la progression du yuan reste limitée mais significative. Sa part dans le financement du commerce international a triplé en cinq ans pour atteindre environ 6 %. Depuis plusieurs mois, il est devenu la deuxième devise la plus utilisée dans ce domaine, devant l'euro mais toujours loin derrière le dollar. Pékin ne cherche toutefois pas à remplacer totalement le dollar. Une telle ambition nécessiterait une profonde transformation du système financier chinois, notamment l'abandon des contrôles de capitaux et une ouverture beaucoup plus large de son marché financier, ce qui pourrait fragiliser son économie.

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Réduire l'influence américaine

L'objectif paraît plutôt être la création de circuits commerciaux spécifiques capables de fonctionner indépendamment du dollar. Selon plusieurs anciens responsables américains évoqués par le Wall Street Journal, cette stratégie répond à la fois à la volonté de réduire l'influence géopolitique des États-Unis et à celle de protéger les partenaires de la Chine contre d'éventuelles sanctions occidentales. La Chine souhaite également se prémunir contre un scénario dans lequel elle pourrait elle-même faire l'objet de mesures comparables à celles imposées à l'Iran ou à la Russie, notamment dans l'hypothèse d'une crise majeure autour de Taïwan.

Cette vision a été résumée par le gouverneur de la banque centrale chinoise, Pan Gongsheng, qui estime que la finance mondiale évolue vers un système où "plusieurs monnaies souveraines coexistent et se concurrencent". Selon lui, une évolution au-delà d'un ordre centré sur le dollar est nécessaire car "en période de tensions géopolitiques, de préoccupations de sécurité nationale ou même de guerre, la monnaie dominante mondiale tend à être utilisée comme un instrument de pouvoir, voire comme une arme". Dans ces conditions, l'issue des négociations reste incertaine.