Hantavirus : la croisière maudite du MV Hondius fait trois morts
Hantavirus : trois morts sur le MV Hondius

Un vieux virus disparu, une croisière qui ne s’amuse pas beaucoup et le spectre, dans les esprits, d’une nouvelle pandémie mondiale… voilà ce qui se joue sur le MV Hondius, bateau de touristes dont personne ne veut, ou presque.

Une croisière d'exception tourne au cauchemar

Partie d’Ushuaia le 1er avril, la croisière s’est dirigée vers le Cap-Vert. L’expédition traverse l’océan Atlantique et fait notamment escale dans des endroits très rares, comme à Tristan da Cunha, l’île habitée la plus isolée du monde, gérée par les Britanniques. Les prix de ce voyage exceptionnel varient de 8 000 à 25 000 euros.

Mais cette belle aventure connaît un tournant inquiétant le 11 avril lorsqu’un passager néerlandais de 70 ans décède, contaminé par un virus rare appelé hantavirus. Son corps est débarqué le 24 avril sur l’île britannique de Sainte-Hélène, en plein océan Atlantique, à 2 000 km des côtes angolaises. Le lendemain, son épouse s’envole avec le corps vers Johannesburg, en Afrique du Sud. Elle se sent mal à son tour et s’effondre à l’aéroport. Hospitalisée, elle décède le 26 avril.

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Les malades évacués en blouse blanche

Entre-temps, le médecin du navire, un Britannique de 56 ans, est lui aussi contaminé et évacué par avion vers l’Afrique du Sud. Son état est stable, contrairement à celui d’une passagère allemande, qui meurt à bord du MV Hondius le 2 mai. Quatre autres personnes tombent malades : l’une a été hospitalisée en Afrique du Sud en soins intensifs et les trois autres restent à bord. Placées à l’isolement, elles ont été évacuées au Cap-Vert par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sans que le bateau accoste.

Quelques images saisissantes montrent un petit bateau rouge venir se coller au ferry. Du personnel médical en blouse bleue et blanche, masqué et couvert de la tête aux pieds, guide par le bras une personne malade dans la même tenue. Une fois les patients débarqués au port de la capitale, Praia, un convoi d’ambulances les a conduits à l’aéroport d’où ils seront évacués par avion.

Pas de quoi rassurer le reste des membres de l’équipage et des croisiéristes, qui n’attendent qu’une chose, fuir ce cluster flottant.

Des passagers en détresse

À son bord, 88 passagers et 59 membres d’équipage de 23 nationalités. Sur ces 147 personnes se trouvent 5 Français selon le ministère des Affaires étrangères. Un Français a d’ailleurs été identifié comme « cas contact » selon le ministère de la Santé, car il a pris le même vol que l’un des cas hospitalisés.

Pour l’heure, les passagers attendent sagement les consignes, mais doivent respecter la distanciation sociale dans un espace très confiné. « Nous ne sommes pas juste une histoire, nous avons des vies, des familles qui nous attendent à la maison », sanglote l’un des passagers américains, l’influenceur de voyages Jake Rosmarin, dans une vidéo postée le 4 mai sur Instagram. « Il y a beaucoup d’incertitude, et c’est ça le plus dur. Nous avons besoin de transparence ».

Moins transmissible que le Covid-19

Le MV Hondius a tenté d’accoster au Cap-Vert, mais il s’est heurté au refus des autorités locales. Immobilisé depuis dimanche 3 mai, il se dirige à présent vers les îles Canaries, en Espagne. Le ministère de la Santé espagnol assure avoir pris les précautions nécessaires : une équipe d’épidémiologistes compte inspecter minutieusement tous les passagers et les rapatrier dans leurs pays respectifs.

Reste que la réapparition d’un virus oublié rappelle l’époque ubuesque et mortifère du Covid-19. Il n’existe aucun vaccin contre le hantavirus, qui n’est néanmoins pas transmissible aussi facilement que le Covid, comme le rappelle Anne Lavergne, spécialiste de ces virus à l’Institut Pasteur et interviewée par Le Point : « Il ne faut pas céder à la psychose, car cette transmission de personne à personne reste un épiphénomène qui nécessite des contacts extrêmement étroits. On ne se contamine pas simplement en croisant quelqu’un de malade dans un couloir. La transmission survient dans des cadres confinés, intrafamiliaux ou intradomiciliaires, entre personnes qui partagent des activités quotidiennes ou dorment ensemble ».

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Ce virus se transmet d’ordinaire du rongeur à l’homme. Seule l’une de ses souches se transmet d’homme à homme : celle dite « des Andes ». On la trouve plutôt en Amérique du Sud. Or, le couple de passagers décédés avait voyagé en Argentine avant d’embarquer. Les symptômes ressemblent à ceux du Covid, une forte fièvre, des maux de tête, des problèmes gastriques et une gêne respiratoire. Dans les cas les plus graves, les organes lâchent. Cette redoutable souche des « Andes » a la triste spécificité d’être mortelle dans 50 % des cas.

Situation actuelle

Ce mardi 5 mai, la compagnie de croisière Oceanwide rassurait. « Aucun nouveau cas symptomatique » n’a été identifié à bord. L’OMS recherche maintenant les dizaines de passagers ayant pris l’avion avec la Néerlandaise contaminée entre Sainte-Hélène et Johannesburg.

Les équipes médicales en pleine évacuation. Un homme rentré en Suisse depuis Sainte-Hélène a été hospitalisé à Zurich pour une infection au hantavirus. On compte donc huit cas, dont trois confirmés. De quoi rappeler ces cas de peste signalés à Madagascar en 2017 et qui avaient déjà provoqué la révolte des passagers du Costa neoRiviera à l’époque.

Deux scientifiques néerlandais doivent débarquer sur le MV Hondius dans les prochaines heures pour tenter d’en savoir plus. Quant au bateau-cluster, il s’arrêtera au port de Granadilla, dans les Canaries, malgré les inquiétudes du gouverneur local.