Le Grand Siège de La Rochelle : 22 000 morts en 1628
Grand Siège de La Rochelle : 22 000 morts en 1628

Le 26 octobre 1628, la rumeur enfle : Jean Guiton aurait cédé. Le maire de La Rochelle aurait envoyé des émissaires pour annoncer sa capitulation au cardinal de Richelieu. Sur la digue, l'agitation est palpable. Nobles et soldats se congratulent, comme s'ils avaient vaincu toute l'armée anglaise et les Allemands. Des cris « À mort les huguenots ! » fusent de toutes parts. Derrière les remparts, la ville semble plongée dans un silence de mort.

La reddition annoncée

Richelieu s'avance sur la digue, sa cape rouge flottant au vent. D'un geste, il exige le silence et annonce : « Messieurs, après bientôt quatorze mois de blocus, La Rochelle a décidé de se rendre. Nous avons remporté cette victoire sans tirer un seul coup de canon sur la ville. Sa Majesté Louis XIII s'en félicite. Je recevrai demain matin le maire pour traiter des conditions de sa reddition. »

Face-à-face tendu

Le 27 octobre, un carrosse sort de la cité. Jean Guiton, flanqué de trois députés, en descend. Il a le regard hautain. Les deux hommes se toisent longuement. Richelieu rompt le silence : « Je vous imaginais plus grand. » – « Et moi plus jeune », rétorque le maire. L'entretien se déroule sous tente, dans le plus grand secret.

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Le 28 octobre, Richelieu rassemble ses troupes : « Le roi a reçu Guiton. Nos troupes vont entrer. Je vous demande de respecter les habitants. Je passerai par les armes tout soldat désobéissant. »

L'horreur du siège

La lourde chaîne du port disparaît. Le siège est levé. En entrant dans la ville, une odeur pestilentielle saisit les soldats. Des cadavres jonchent les rues, décharnés. Les rats ont été mangés, ainsi que les chiens, les chats. Des femmes se seraient partagé la dépouille d'une amie. Richelieu, bouleversé, murmure : « Comment Dieu est-ce possible ? Ce Guiton est un tyran. »

Dernier affrontement

Jean Guiton attend Richelieu à l'hôtel de ville. « Voyez ce que vous avez fait de ma ville. Un mouroir », lance-t-il. Richelieu répond : « Vous auriez cédé il y a un an, on n'en serait pas là. C'est vous qui, par votre entêtement, avez causé la perte de votre ville. » Guiton rétorque : « Je n'ai fait que ce que Dieu m'ordonnait : résister à la tyrannie d'un roi qui refuse la liberté du culte. J'y ai perdu mes deux filles. » Richelieu annonce l'exil. Guiton, sans un mot, pose son épée et se livre aux soldats : « Messieurs, je suis à vous. »

Quelques jours plus tard, le bilan est terrible : sur 28 000 habitants, il ne reste que 5 500 survivants. Le Grand Siège de La Rochelle restera comme l'un des épisodes les plus tragiques des guerres de religion.

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