La cour d'appel de Paris a pris une décision majeure ce mercredi 6 mai 2026 en annulant le non-lieu dont bénéficiait Agathe Habyarimana, veuve de l'ancien président rwandais Juvénal Habyarimana. Cette décision rouvre la possibilité de poursuites judiciaires à son encontre pour complicité de génocide et crimes contre l'humanité, dans le cadre du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.
Une décision judiciaire attendue
Agathe Habyarimana, 84 ans, était jusqu'à présent protégée par un non-lieu prononcé en 2021 par les juges d'instruction parisiens. La cour d'appel a estimé que les investigations devaient être approfondies, notamment sur son rôle présumé dans l'organisation des milices Interahamwe et la planification des massacres. L'ancienne première dame est accusée d'avoir participé à des réunions préparatoires et d'avoir influencé les cercles du pouvoir avant et pendant le génocide.
Les accusations portées contre elle
Plusieurs associations de victimes et rescapés, dont la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH) et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda, ont salué cette décision. Elles estiment que la justice française doit enfin permettre de juger les responsables présents sur son territoire. Agathe Habyarimana vit en France depuis 1998, après avoir fui le Rwanda à la fin du génocide.
Un contexte historique complexe
Le génocide des Tutsi a fait environ 800 000 morts en 100 jours, entre avril et juillet 1994. Agathe Habyarimana est la veuve de Juvénal Habyarimana, dont l'assassinat le 6 avril 1994 a déclenché le génocide. Elle est souvent considérée comme une figure influente au sein du cercle proche du pouvoir, surnommé le "clan de la première dame". Les enquêtes françaises tentent de déterminer si elle a joué un rôle actif dans l'incitation à la haine et la coordination des massacres.
Les implications juridiques
La cour d'appel a renvoyé l'affaire devant un nouveau juge d'instruction, ce qui signifie que les investigations vont reprendre. Cette décision pourrait ouvrir la voie à un procès en France, où plusieurs affaires liées au génocide rwandais ont déjà été jugées. Depuis 2014, la justice française a condamné plusieurs anciens responsables rwandais pour leur implication dans le génocide, notamment Pascal Simbikangwa et Octavien Ngenzi.
Réactions internationales
Au Rwanda, cette décision a été accueillie avec satisfaction par le gouvernement, qui a toujours demandé la coopération de la France pour juger les suspects. Les rescapés espèrent que ce nouveau chapitre permettra de faire la lumière sur le rôle des proches du président Habyarimana. Des organisations de défense des droits de l'homme ont rappelé que la lutte contre l'impunité est essentielle pour la réconciliation nationale.
Agathe Habyarimana, qui a toujours nié les accusations, n'a pas encore réagi publiquement. Ses avocats pourraient former un pourvoi en cassation, ce qui prolongerait la procédure. En attendant, la justice française continue de jouer un rôle clé dans la poursuite des auteurs présumés du génocide rwandais.



