Exode 1962 Algérie : témoignages de rapatriés arrivés à La Seyne
Exode 1962 Algérie : récits de rapatriés à La Seyne

À l'occasion de l'hommage aux victimes des massacres d'Oran, le 5 juillet 2026, des rapatriés et leurs enfants ont partagé leurs souvenirs de l'exode de l'été 1962 et de leur arrivée à La Seyne-sur-Mer. Plus de soixante ans après, ces témoignages, recueillis sur les réseaux sociaux, racontent l'urgence du départ, l'accueil parfois difficile et les blessures invisibles.

Un exode précipité et des souvenirs douloureux

L'été 1962, en Algérie, des milliers de familles quittent le pays en quelques semaines, montant à bord de paquebots, de cargos ou de bâtiments militaires avec peu de bagages. « Ma mère avait 8 francs dans son porte-monnaie », témoigne Marie. Pour Chantal, le souvenir est celui d'une enfance bouleversée : « Mon père n'a jamais pu se remettre de ce départ où ils ont tout laissé. Nous avons vécu la faim avec mon frère, et les bons pour les habits à la mairie de La Seyne. »

Un accueil précaire au Château de Tamaris et au Floréal

Les familles s'entassent dans des lieux d'accueil comme le Château de Tamaris, où plusieurs générations partagent des chambres avec des matelas posés à même le sol et des repas préparés sur de petits réchauds. « Toutes nos affaires nous avaient été données par les Chevaliers de Malte et des personnes adorables. Mais nous étions vivants et réunis. C'était le principal », raconte Martine. Au Floréal, une solidarité s'installe entre Pieds-Noirs et Harkis. « Heureusement, à cette époque, il y avait du respect », écrit Chantal.

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Les blessures invisibles et la quête d'identité

L'arrivée en France ne marque pas la fin des souffrances. Dominique se souvient : « Pendant le voyage, les gens étaient malades et entassés. Les voitures étaient volées sur les quais. À l'arrivée, nous étions tous dans la même pièce : mes parents, ma grand-mère, ma tante et mon oncle. Ce souvenir a hanté toute leur vie… et la mienne. » Beaucoup évoquent des parents qui ne retrouvent jamais leur équilibre, entre dépressions et silences. Dans la presse, on raconte des suicides pendant la traversée.

À la mairie de La Seyne, Annie assiste, enfant, à une scène humiliante : un agent raye la mention « nationalité française » sur le document de sa mère en disant « Les Pieds-Noirs ne sont pas français. » « J'ai vu ma mère pleurer. Son regard humilié est gravé à jamais dans ma mémoire », témoigne-t-elle. Cette remise en question de l'identité se répète. Cathy, en sixième, inscrit spontanément « algérienne » à la case nationalité, provoquant la colère de son père : « On ne m'avait jamais expliqué. »

L'école, premier choc de l'intégration

Pour les enfants, l'école est souvent le premier lieu d'intégration, mais les premiers jours laissent des traces. Marie raconte sa petite sœur, dont le visage portait les cicatrices d'un attentat en Algérie : la maîtresse l'installe seule au fond de la classe « comme une pestiférée ». André se souvient de son premier repas à la cantine, où l'institutrice lui montre comment utiliser une fourchette et un couteau : « On m'a dit que je ne pouvais pas manger avec les mains par terre. J'étais mort de honte. »

L'afflux des réfugiés à La Seyne et les constructions HLM

Le 5 juillet 1962, les massacres d'Oran, où des centaines d'Européens sont tués, accélèrent les départs. L'expression « la valise ou la mort » résume la situation. Les arrivées dans les villes du littoral varois, dont La Seyne, s'intensifient. Le Grand Hôtel de Tamaris accueille de nombreuses familles au-delà de ses capacités et devient un symbole, jusque dans les pages de Paris Match.

Entre 1962 et 1965, la population de La Seyne augmente d'environ 5 000 personnes. Pour répondre à cette croissance, le parc HLM se développe : en 1965, 340 logements sociaux sont construits, dont 148 au Floréal. Selon un témoin cité par l'historien Gérard Crespo, 144 de ces logements sont attribués à des familles rapatriées. Les chantiers navals offrent également des emplois, contribuant à la reconstruction des familles.

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Une mémoire inscrite dans l'espace public

En 1975, la guerre d'Algérie entre dans le paysage seynois. À la demande de la Fnaca, le conseil municipal approuve la création de la place du 19-Mars-1962, en souvenir du cessez-le-feu des accords d'Évian. Vingt ans plus tard, les réaménagements du centre-ville entraînent sa disparition, mais en 1995, la dénomination est conservée et attribuée au quai Est du port, devenu l'actuel quai du 19-Mars-1962.