Le Fatah en congrès : un tournant crucial
Le mouvement du président palestinien Mahmoud Abbas, le Fatah, tient son premier congrès général en dix ans à partir de jeudi. L'objectif principal est d'élire un nouveau comité central, une instance clé pour l'avenir du parti et de la cause palestinienne. Ce rendez-vous intervient dans un contexte de crise politique profonde, marquée par la guerre dévastatrice dans la bande de Gaza, l'expansion de la colonisation en Cisjordanie et une érosion de la légitimité du mouvement.
Un parti face à des défis immenses
Le Fatah, historiquement la principale composante de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), doit faire face à des défis sans précédent. Selon des analystes, la popularité et l'influence du parti ont décliné en raison de divisions internes, de la rivalité avec le Hamas et d'une frustration croissante de l'opinion publique face à l'enlisement du processus de paix israélo-palestinien. Jibril Rajoub, secrétaire général du comité central du Fatah, a souligné que le parti fait face aux « défis les plus graves de (sa) lutte ».
Les enjeux de la représentation palestinienne
Jibril Rajoub a exprimé l'espoir que ce congrès contribue à « garantir et protéger la création d'un État palestinien sur la scène internationale et à préserver l'OLP en tant que seule représentante légitime du peuple palestinien ». Cependant, le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu refuse l'émergence d'un État palestinien souverain et indépendant en Cisjordanie et à Gaza, et poursuit l'expansion des colonies, jugées illégales au regard du droit international.
Hani al-Masri, directeur du Centre palestinien de recherche politique et d'études stratégiques (Masarat), estime que le Fatah ne domine plus l'Autorité palestinienne ni l'OLP, mais les instrumentalise pour maintenir sa légitimité. Cette légitimité « s'érode en l'absence d'un projet national unifié, d'élections et de consensus national », analyse-t-il. Il déplore également que « le projet national ait été manifestement absent des débats » lors de la préparation du congrès, tout en reconnaissant que sa tenue constitue un premier pas vers « la mise en ordre de la maison palestinienne ».
Participants et absences notables
Le congrès se déroule sur trois jours et réunit environ 2 580 participants. La plupart sont à Ramallah, en Cisjordanie occupée, tandis que plusieurs centaines d'autres participent depuis Gaza, Le Caire et Beyrouth. Ils doivent élire 18 représentants au sein du comité central et 80 au sein du conseil révolutionnaire, le parlement du parti. Malgré les déclarations d'unité, des figures clés sont absentes, notamment Nasser al-Kidwa, ex-ministre des Affaires étrangères et neveu de Yasser Arafat, qui boycotte la réunion, qualifiant le congrès d'« illégitime ».
Succession et perspectives politiques
Parmi les figures importantes souhaitant succéder à Mahmoud Abbas figurent Jibril Rajoub et Hussein al-Cheikh, vice-président de l'Autorité palestinienne. Le fils aîné du président, Yasser Abbas, est candidat à un siège au comité central. Il a gagné en influence après avoir été nommé représentant spécial du président, bien qu'il réside principalement au Canada. Pour Hani al-Masri, cette candidature « indique une tendance à la succession dynastique », ce qui est « extrêmement dangereux pour le Fatah, l'Autorité palestinienne et la cause palestinienne ».
Dans la bande de Gaza, où un cessez-le-feu précaire est en vigueur depuis octobre après deux ans de guerre entre Israël et le Hamas, l'élection du comité central se tiendra à l'université al-Azhar. Le Hamas, qui avait remporté les élections législatives de 2006 et pris le pouvoir à Gaza en 2007, est exclu de ces discussions. Benjamin Netanyahu a affirmé que l'Autorité palestinienne et le Fatah n'auraient aucun rôle à jouer dans la gouvernance de Gaza après la guerre.



