La police bolivienne a arrêté dimanche 5 juillet l’un des principaux dirigeants des manifestations antigouvernementales qui secouent le pays depuis plusieurs semaines, a annoncé le ministre de l’Intérieur, Eduardo del Castillo. Cette arrestation, qualifiée d’« importante » par les autorités, pourrait marquer un tournant dans la crise sociale que traverse la Bolivie.
Arrestation à La Paz
Le dirigeant, identifié comme Juan Carlos Guarachi, a été appréhendé dans un quartier de La Paz, la capitale administrative, lors d’une opération conjointe de la police et des renseignements. Selon le ministre, Guarachi est accusé d’« incitation à la violence » et de « troubles à l’ordre public ». Il aurait joué un rôle central dans l’organisation des blocages de routes et des affrontements avec les forces de l’ordre.
Les manifestations, qui ont débuté fin mai, sont menées par des groupes de transporteurs et de commerçants protestant contre la hausse des prix et la pénurie de carburant. Elles ont déjà fait trois morts et des dizaines de blessés, selon un bilan officiel. L’opposition politique a appelé à une grève générale pour réclamer la démission du président Luis Arce.
Réactions et tensions
L’arrestation de Guarachi a provoqué des réactions contrastées. Le gouvernement a salué une « action nécessaire pour rétablir l’ordre », tandis que les organisations de défense des droits humains ont dénoncé une « criminalisation de la protestation sociale ». L’avocat de Guarachi a annoncé qu’il allait contester la légalité de la détention.
« Cette arrestation ne fera qu’attiser la colère de la population », a déclaré à l’AFP un porte-parole des manifestants, sous couvert d’anonymat. « Le gouvernement cherche à étouffer la voix du peuple par la répression. »
La situation reste tendue dans plusieurs régions, notamment à Santa Cruz, bastion de l’opposition, où des barricades ont été érigées. L’Église catholique a proposé une médiation, mais le gouvernement a jusqu’à présent rejeté tout dialogue avec les leaders de la contestation.
Contexte économique et politique
La Bolivie est confrontée à une grave crise économique, avec une inflation galopante et une pénurie de dollars qui paralyse les importations. Le gouvernement a été contraint de rationner le carburant, ce qui a exacerbé le mécontentement. L’opposition accuse le président Arce, successeur d’Evo Morales, de mauvaise gestion et de corruption.
Les manifestations actuelles sont les plus importantes depuis l’arrivée au pouvoir d’Arce en 2020. Elles interviennent alors que le pays se prépare pour les élections régionales de 2027, et que le camp moralesiste, divisé, tente de se repositionner.



