Algérie : pourquoi la participation électorale est si faible
Algérie : pourquoi la participation électorale est si faible

L'élection présidentielle algérienne du 12 décembre 2019 a été marquée par une participation historiquement basse de 23 %, selon les chiffres officiels annoncés par le président de l'Autorité nationale indépendante des élections (ANIE), Mohamed Charfi. Ce taux, le plus faible depuis l'indépendance du pays en 1962, reflète une profonde désaffection des électeurs envers le processus électoral.

Un scrutin boycotté par le Hirak

Le mouvement de contestation populaire, connu sous le nom de Hirak, a appelé au boycott de cette élection, la jugeant illégitime. Depuis février 2019, des manifestations hebdomadaires ont réclamé le départ de l'ensemble de l'ancien régime, y compris l'armée, considérée comme le véritable pouvoir en Algérie. Le Hirak a dénoncé une élection "organisée par le pouvoir pour le pouvoir", sans réelle transition démocratique.

Les raisons de l'abstention massive

Plusieurs facteurs expliquent cette faible participation. D'abord, le manque de confiance dans les institutions et les candidats. Sur les cinq candidats en lice, quatre étaient des proches de l'ancien président Abdelaziz Bouteflika, démissionnaire en avril 2019 sous la pression de la rue. Le seul candidat indépendant, Abdelmadjid Tebboune, ancien Premier ministre de Bouteflika, a été élu avec 58 % des suffrages exprimés, mais sur une base électorale très réduite.

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Ensuite, la répression du Hirak a contribué à la démobilisation. Les autorités ont interdit les manifestations à partir de juin 2019, et des centaines de militants ont été arrêtés. Cette répression a renforcé le sentiment que l'élection était une mascarade.

Un impact politique et social

Cette abstention record affaiblit la légitimité du nouveau président. Selon le politologue algérien Nacer Djabi, "un président élu par moins d'un quart des électeurs aura du mal à imposer son autorité et à mener des réformes". Le taux de participation de 23 % signifie que seulement 4,5 millions d'électeurs sur les 18,5 millions inscrits se sont déplacés. En comparaison, la participation était de 51 % en 2014 lors de la réélection de Bouteflika.

La faible participation pourrait également aggraver la crise économique que traverse l'Algérie, avec une dépendance aux hydrocarbures et un chômage élevé, notamment chez les jeunes. Le nouveau président devra faire face à des attentes sociales fortes, mais avec une légitimité contestée.

Les réactions internationales

La communauté internationale a noté le faible taux de participation. L'Union européenne a salué "le déroulement pacifique du scrutin" tout en appelant à "un dialogue inclusif". Les États-Unis ont exprimé leur soutien au processus électoral, mais ont insisté sur la nécessité de répondre aux aspirations du peuple algérien. En revanche, la France a été plus réservée, soulignant les "interrogations sur la sincérité du scrutin".

En conclusion, l'élection présidentielle algérienne de 2019 illustre la crise de légitimité du système politique. Le faible taux de participation, résultat du boycott du Hirak et de la défiance généralisée, pose la question de l'avenir de la démocratie en Algérie. Le nouveau président devra engager des réformes profondes pour restaurer la confiance des citoyens.

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