Déchets sauvages à Saint-Sulpice-de-Royan : le maire agit
Déchets sauvages : le maire de Saint-Sulpice-de-Royan agit

Des voisins exaspérés, un maire qui dépose plainte et des services de l’État en veille. Des déchets stockés sur un terrain depuis des dizaines d’années font réagir. Le mis en cause promet qu’il va tout faire évacuer.

Un dépotoir à ciel ouvert

Sur le papier, la carte postale est idyllique. On est ici au lieu-dit Le Grand Aubat, dans la commune de Saint-Sulpice-de-Royan, à quelques kilomètres du littoral royannais, en pleine campagne. Les habitants y vivent paisiblement, éloignés du tumulte touristique de la Côte de Beauté et à l’ombre du domaine composé notamment d’une maison de maître connue depuis 1663.

En face de leur jardin, après un petit champ, Joël et sa compagne Colette ont une vue imprenable sur cette splendide propriété privée mais pas seulement. Juste à côté, ce sont des monticules de déchets de toutes sortes qui sautent aux yeux. « Une véritable déchetterie sauvage à ciel ouvert », précise le couple installé ici depuis une dizaine d’années. « Au début, nous n’y faisions pas attention mais ça n’a cessé de prendre de l’ampleur. Si bien qu’aujourd’hui, c’est devenu un vrai dépotoir. On commence à avoir des rats… »

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Yves et son épouse ont un triste spectacle au bout de leur jardin, de l’autre côté d’un champ. Incommodé par ce paysage pas vraiment glamour et « par les risques de pollution », Joël a alerté les autorités. Une initiative que soutient son voisin, Yves. Lui habite ici avec son épouse depuis quarante-neuf ans. Il connaît le dossier par cœur. D’autant plus qu’il a longtemps été élu à la Ville.

« Autrefois, il y avait une laiterie, ici. Et puis la parcelle a été achetée par l’ancien international de rugby Olivier Merle. Il voulait faire construire mais je crois qu’il s’est fait avoir. C’est une terre agricole et il n’a pas pu faire bâtir. Le terrain est au nom de sa sœur. Domicilié vers Clermont-Ferrand, il en est toujours le propriétaire mais on ne le voit jamais. Je ne sais même pas s’il est au courant de la situation », souligne le Saint-Sulpicien.

Un arrêté et une plainte

La nature ayant horreur du vide, c’est en effet le locataire d’une maison adjacente qui s’est étalé sur ce terrain pour les besoins de son activité. « Je ne sais pas trop ce qu’il fait. Il y a des épaves de voitures, tout un tas de choses. De temps en temps, des camions passent pour vider des bennes mais il en arrive plus qu’il n’en part. Des déchets ont commencé à s’amonceler ici il y a plus de 30 ans. C’est une vraie verrue », commente Yves qui a envie que les choses bougent.

Il prévoit, si ça ne se débloque pas, une action collective qui fera du bruit. « Je suis président d’une association locale qui s’occupe d’environnement. Je suis prêt à mobiliser tout le monde et à alerter les médias pour dire ce qui se passe ici. Un petit fossé qui récupère les eaux de pluie passe à proximité. Il se jette dans le Liman qui part après dans la Seudre. Que se passera-t-il si des matières dangereuses s’y déversent ? »

Le maire de Saint-Sulpice-de-Royan, Christian Pitard, est au courant du problème. La Ville a déposé plainte et l’élu a signé un arrêté de mise en demeure d’évacuation des déchets en avril 2026. Le document stipule que « ceux-ci devront être évacués vers une installation dûment autorisée ». L’intéressé dit mettre la pression pour que le site soit nettoyé rapidement. Le policier municipal y passe régulièrement et les gendarmes y ont déjà pointé le bout de leur nez.

« Depuis quelques mois, ça a commencé à partir, mais il en reste encore beaucoup. Il va falloir finir le boulot sinon il y aura une grosse amende au bout. Le but n’est pas d’en arriver là, mais il faut maintenant que ça aille vite. Je suis accompagné dans ce dossier par les services de la sous-préfecture et par l’association Protec’envi qui apporte son concours afin d’engager des procédures administratives qui permettent de sanctionner un ou des auteurs de dépôt sauvage », prévient l’élu.

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« J’en ai déjà enlevé pas mal »

Le principal intéressé, justement, a fait un tour en mairie ce lundi 18 mai pour « s’engager par écrit à tout vider d’ici un mois. J’en ai déjà fait enlever pas mal, disons la moitié. J’ai trop attendu. J’aurais dû faire évacuer au fur et à mesure », reconnaît Éric qui avoue « s’être laissé déborder ». Comment dit-on ? Faute avouée à moitié pardonnée.

« Je travaille pour l’Udaf (Union départementale des associations familiales). Lorsqu’une personne sous tutelle ou curatelle disparaît et que sa maison est vidée, je récupère tout ce qui ne sert plus à rien. L’Udaf me paye pour ça. Je stocke en attendant que des entreprises viennent enlever les déchets pour les recycler », explique-t-il. Là, c’est lui qui doit sortir le porte-monnaie.

Éric certifie faire attention à ce qu’il entrepose. « Je sais que je suis dans un environnement boisé et je le respecte. Je n’y ai jamais rien déposé. » Yves, lui, est comme Saint-Thomas. « Il y a déjà eu beaucoup de promesses de sa part et rien n’a bougé. J’attends de voir. » Si rien ne se passe, il secouera le cocotier.

(1) Un autre voisin, que nous n’avons pu joindre, aurait aussi déposé une plainte.