Le constructeur autrichien de motos KTM est au cœur d’un scandale environnemental. Selon une enquête conjointe des autorités françaises et allemandes, plusieurs modèles de la marque auraient été équipés de dispositifs frauduleux permettant de fausser les tests d’homologation antipollution. Ces systèmes, appelés « defeat devices », réduisent temporairement les émissions polluantes lors des contrôles, mais les laissent à des niveaux bien plus élevés en conditions de conduite réelles.
Des moteurs trafiqués pour passer les tests
Les investigations, menées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) en France et le Kraftfahrt-Bundesamt (KBA) en Allemagne, ont mis au jour des anomalies sur des motos de la gamme 125 cm³ vendues entre 2016 et 2020. Les experts ont constaté que le logiciel de gestion moteur modifiait le mélange air-carburant et le calage de l’allumage uniquement lors des cycles d’homologation, permettant de respecter les normes Euro 4 en laboratoire, mais pas sur route.
« Nous avons trouvé des preuves irréfutables de manipulation logicielle », a déclaré un porte-parole du KBA. « Les émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de particules fines étaient jusqu’à cinq fois supérieures aux limites légales en usage normal. »
Des conséquences sanitaires et juridiques
Cette affaire rappelle le scandale du « Dieselgate » de Volkswagen, mais cette fois dans le domaine des deux-roues. Les motos concernées, notamment les modèles Duke 125 et RC 125, ont été vendues à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires en Europe. Les associations environnementales dénoncent une tromperie massive qui a contribué à la pollution de l’air dans les zones urbaines.
« C’est un coup dur pour la crédibilité de toute l’industrie motocycliste », a réagi un porte-parole de l’ONG Transport & Environment. « Les constructeurs doivent comprendre que la triche n’est pas une option. »
En France, le parquet de Paris a ouvert une information judiciaire pour « tromperie sur les qualités substantielles d’un produit » et « mise en danger de la vie d’autrui ». KTM, de son côté, a reconnu des « irrégularités » et promet de coopérer avec les enquêteurs. Le constructeur pourrait être contraint de rappeler les modèles incriminés et de payer des amendes pouvant atteindre plusieurs centaines de millions d’euros.
Des tests d’homologation à revoir
Ce scandale relance le débat sur la fiabilité des procédures d’homologation des véhicules en Europe. Les critiques pointent du doigt le manque de contrôles inopinés et la trop grande confiance accordée aux autodéclarations des constructeurs. La Commission européenne a annoncé vouloir renforcer les tests sur route et multiplier les inspections surprises.
En attendant, les propriétaires de motos KTM concernés peuvent déposer plainte et demander réparation. Plusieurs avocats spécialisés se sont déjà constitués pour défendre les consommateurs lésés.
L’affaire KTM illustre une fois de plus les dérives possibles dans l’industrie automobile et motocycliste, où la course à la performance et aux normes pousse parfois à des pratiques frauduleuses. Les autorités promettent de faire toute la lumière sur ce dossier et de sanctionner sévèrement les responsables.



