Un nouveau chapitre s'ouvre pour la connaissance du thon rouge. L'association Mission Thon rouge, en partenariat avec l'Ifremer, la Société nationale de sauvetage en mer (SNSM) et la Ville de Royan, organise une deuxième campagne de marquage de ces colosses des mers. L'objectif : mieux connaître leurs déplacements pour mieux les protéger.
Un voyageur infatigable
Le thon rouge, ce colosse des mers, est un baroudeur. Ses longues migrations saisonnières en font un grand globe-trotteur tout au long de sa vie, qui peut aller jusqu'à 40 ans. Placé tout en haut de la chaîne alimentaire, il n'a pas de prédateur naturel, si ce n'est l'orque. « Il peut mesurer plusieurs mètres et peser plusieurs centaines de kilos », s'émerveille un pêcheur sportif royannais qui a l'habitude de partir au large pour se confronter à ce seigneur des océans.
Les pérégrinations de cette espèce restent par beaucoup d'aspects méconnues des scientifiques. Afin de lever le mystère, des campagnes de marquage innovantes ont été lancées pour prendre le sillage de ces gros poissons et découvrir les clés de leur comportement migratoire ainsi que les conditions environnementales qui jalonnent leur périple.
Une première campagne réussie
À Royan, l'association Mission Thon rouge a été créée en 2025 et a donné l'occasion, l'été dernier, de marquer 20 poissons. « Le succès rencontré a permis de qualifier nos eaux comme zone d'étude majeure. Notre ville est fière de s'associer à cette démarche scientifique d'étude pour mieux connaître cette espèce dans l'optique d'une gestion durable et responsable pour sa préservation », souligne le maire de Royan, Patrick Marengo, qui a tenu à s'associer au projet mené par des plaisanciers adeptes de la pêche de loisir et l'Ifremer, en collaboration avec la SNSM.
Cette réussite va donc avoir une suite puisqu'une deuxième campagne de marquage est d'ores et déjà programmée début août 2026 au large du littoral royannais.
Vingt balises posées
« À cette occasion, nous partirons de nouveau en mer à une quinzaine de bateaux accompagnés d'experts de l'Ifremer. À chaque poisson sorti de l'eau, ces derniers interviennent rapidement, en moins de deux minutes, pour lui poser une balise afin de minimiser le stress », explique Henk Vleeschhouwer, le président de l'association Mission Thon rouge, qui est aussi président de l'association des Pêcheurs sportifs du Pays royannais (PSPR). L'été dernier, tout le stock de balises y est passé.
Le dispositif, qui enregistre trois paramètres dont la profondeur, la température de l'eau et le niveau de lumière, reste sur le thon rouge pendant environ un an si le poisson n'est pas pêché entre-temps. Un processus automatique libère ensuite la balise qui remonte à la surface. Les données sont alors transmises par satellite au système Argos. « Des algorithmes reconstituent ensuite la trajectoire sous-marine précise du poisson. » Sur un an, le record de migration recensé pour un thon rouge est de plus de 12 000 nautiques (22 000 kilomètres).
Une quinzaine de pêcheurs impliqués
Une quinzaine de pêcheurs loisir royannais participent à la campagne de marquage. « Le but est de pouvoir disposer d'une mine d'informations. Il y en a qui vont jusqu'au Canada, en Islande… D'autres restent dans le coin ou retournent en Méditerranée lorsqu'arrive l'hiver. Il n'y a pas de règle », indique Henk Vleeschhouwer, qui prend son rôle très au sérieux. « Lorsqu'un des pêcheurs a un spécimen au bout de sa ligne, il faut le remonter le plus vite possible pour limiter le temps de stress. C'est un poisson extrêmement sensible qui peut faire une crise cardiaque. » Sachant qu'un thon d'une soixantaine de kilos peut lutter pendant une demi-heure avant de déclarer forfait.
Une pêche écoresponsable
C'est aussi une façon de montrer, pour ces plaisanciers qui aiment manier la canne à pêche, que leur passion peut être écoresponsable et servir à quelque chose. « Déjà, il faut savoir que la pêche au thon rouge, espèce protégée, est très réglementée. On doit d'abord faire partie d'une association. Raison pour laquelle j'ai créé en 2018 l'association des Pêcheurs sportifs du Pays royannais pour adhérer à une fédération et obtenir des bagues. Nous, on a le droit de pêcher environ 105 kilos de thon rouge par an. Ce qui correspond à environ trois petits ou un très gros. Si on revient au port de Royan avec un poisson sans bague et sans autorisation de pêche, le bateau est saisi, le matériel aussi, et une poursuite au pénal est engagée », prévient le responsable associatif. La plupart du temps, c'est donc du No-Kill. Le thon est relâché dans son milieu naturel après avoir été pêché.
La SNSM en soutien
Le retour d'expérience de la première campagne de marquage aura lieu fin juillet juste avant le lancement de la seconde. Pour cette nouvelle épopée, les scientifiques de l'Ifremer monteront avec la SNSM. « Nous accompagnerons la flotte avec notre semi-rigide qui dispose d'une porte pour pouvoir remonter les thons plus facilement. Nous ferons office de bateau scientifique. Ce projet incarne la rencontre entre science, passion de l'océan et engagement maritime », insiste Arnaud Gayrin, le président de la base nautique royannaise de la SNSM. Tout est dit.



