Ardèche : répression inédite après des actions contre la déviation de Saint-Péray
Répression inédite contre des militants écologistes en Ardèche

Jeudi matin, deux militants se sont suspendus au pont Mistral sur l'autoroute A7, à Valence, dans la Drôme, tandis que six autres déployaient une banderole. Simultanément, trois personnes se sont attachées sur la voie ferrée entre Cornas et Saint-Péray, en Ardèche. Leur opposition au projet de déviation de Saint-Péray, vieux de quarante ans, a déclenché une mobilisation sans précédent.

Une répression jugée disproportionnée

Huit personnes ont été interpellées à Valence, cinq placées en détention provisoire dans les maisons d'arrêt de Corbas-Lyon et de Valence. Libérées lundi après-midi en comparution immédiate, elles seront jugées le 6 juillet pour « mise en danger de la vie d'autrui » et « entrave à la circulation ». Le collectif Les Ami.es de la plaine dénonce une « décision sans précédent », estimant qu'aucune action de désobéissance civile n'avait été aussi sévèrement réprimée.

Maud Grard, élue Les Écologistes à la région Auvergne-Rhône-Alpes, s'indigne : « Des personnes sont restées trois jours en prison pour avoir tenu une banderole. Ils ont été traités comme des criminels, filmés pendant leur audition, et la reconnaissance faciale a été utilisée pour tenter d'identifier les militants. C'est du jamais vu ! »

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Un projet contesté depuis quarante ans

La déviation de Saint-Péray, commune de 7 600 habitants, vise à contourner le centre pour fluidifier le trafic. Le coût est passé de 13,3 à 23,6 millions d'euros. Les opposants dénoncent la destruction de 50 hectares de terres agricoles et d'habitats d'espèces protégées. Selon la Fédération d'associations de protection de la nature d'Ardèche (Frapna), 60 % des avis déposés étaient défavorables.

Christophe Chantre, maire de Toulaud et président de la communauté de communes Rhône Crussol, soutient le projet : « Il faut fluidifier le trafic. La majorité des 35 000 habitants le souhaitent. » Il assure que des mesures compensatoires écologiques sont prises.

Les craintes des opposants

Pour Maud Grard, cette route est « une brèche pour construire autour », menaçant la « plaine de Saint-Péray, le seul carré vert autour de Valence ». Elle pointe aussi l'absence d'alternatives aux transports : « L'Ardèche n'a pas de trains voyageurs, et pas de bus après 19 heures. »

Les opposants estiment que la déviation n'empêchera pas les embouteillages, mais les augmentera. Le collectif dénonce une « politique du fait accompli » visant à achever le projet avant tout recours judiciaire.

Une escalade dans la mobilisation

Depuis septembre, le chantier est sécurisé par des gardiens, des chiens, des caméras et des CRS. Ce week-end, 100 CRS étaient déployés. Les actions de désobéissance visaient à « visibiliser la lutte », selon Maud Grard. Le parquet de Valence justifie la répression par la dangerosité des actions : un train de marchandise a dû freiner d'urgence, s'arrêtant à quelques mètres des militants.

Les Écologistes ont annoncé saisir le rapporteur spécial de l'ONU pour les défenseurs de l'environnement, dénonçant une « stratégie de choc carcéral ».

Quelles suites pour le projet ?

Les travaux sur le pont-rail ont pu être réalisés. La déviation, déclarée d'utilité publique, devrait ouvrir fin 2028, sous réserve d'études environnementales en cours. Maud Grard promet de « continuer à se battre » contre un projet qu'elle juge « illégal sur plein d'aspects ». Christophe Chantre appelle à avancer : « Le débat démocratique a eu lieu, les citoyens veulent cette déviation. »

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