Face aux pénuries d'eau récurrentes, l'île Rodrigues, située dans l'archipel des Mascareignes, se tourne vers des solutions innovantes développées dans le cœur de l'Hérault. Ce lundi, une délégation rodriguaise a visité des sites à Olmet et Octon pour découvrir des infrastructures dédiées à l'hydrologie régénérative, une approche visant à mieux capter et infiltrer les eaux de pluie.
Une délégation en quête de solutions
Guidée par l'hydrogéologue Olivier Hébrard, la délégation a exploré des techniques comme les baissières, des sillons profonds creusés dans les parcelles pour retenir l'eau et favoriser son infiltration dans les sols. Sur une vigne dominant Octon, le vigneron bio Guilhem Dardé a présenté son travail, soulignant les similitudes géologiques entre les deux régions : "Ici, on a un point commun avec votre île : c'est le basalte." Les échanges ont mis en lumière des défis communs face au changement climatique, avec des températures dépassant les 35 °C.
Un projet soutenu par l'Agence Française de Développement
Ce voyage d'études s'inscrit dans le cadre du projet Adapt'Action de l'océan Indien, porté par l'Agence Française de Développement. L'objectif est de développer l'hydrologie régénérative à l'échelle de l'île Rodrigues, confrontée à une forte irrégularité des précipitations et à des inondations paradoxales. "En mars, en 24 heures, des inondations ont causé d'énormes dégâts et l'eau part dans les lagons", a témoigné Stenny Émilien, coordinatrice du projet local.
Des baissières testées à Olmet
La matinée d'études s'est déroulée à Olmet, sur un terrain de l'éleveur ovin Nicolas Malan, où des baissières tests ont été réalisées collectivement en 2025. Frédéric Roig, président de la Communauté de communes du Lodévois et Larzac, a souligné l'importance de ces échanges : "Nos enfants auront besoin de ce qu'on leur laissera. J'espère que ce ne seront pas des catastrophes." Loïc Ducarme, responsable du Géoparc Mondial de l'Unesco Terres d'Hérault, a ajouté que cette porte d'entrée sur l'eau est cruciale pour le territoire.
Des défis communs entre deux territoires
À Rodrigues, l'enjeu est majeur : l'eau du robinet ne coule qu'une heure par jour et des livraisons par camions-citernes sont fréquentes. La vision politique de l'île est d'en faire une île écologique, en évitant les structures lourdes de production d'eau. Les baissières et retenues collinaires pourraient offrir des solutions pour l'agriculture et la régénération des nappes phréatiques. Stéphanie Oudin, coordinatrice régionale du programme Adapt'Action, a résumé le paradoxe : "On nous dit parfois que l'on boit de l'eau de mer (dessalée) alors que les poissons boivent de l'eau de source."
Le consortium en charge du projet comprend Setec Hydratec, Kairos et Cultures Permanentes, avec Olivier Hébrard comme intervenant clé. Cette collaboration illustre comment des solutions locales peuvent inspirer des stratégies globales face à la crise de l'eau.



