Dans une tribune publiée sur Lemonde.fr, le politiste Stéphane François livre une analyse percutante du rapport qu'entretiennent le Rassemblement National (RN) et ses électeurs avec la réalité climatique. Selon lui, cette formation politique et sa base électorale « prennent la réalité climatique en plein visage », mais refusent de l'admettre, ce qui constitue un danger pour la démocratie et pour l'environnement.
Un déni structurant pour l'extrême droite
Stéphane François, chercheur associé au Centre d'études politiques et sociales (Cepel) de l'université de Montpellier, spécialiste des extrêmes droites, explique que le déni climatique est devenu un marqueur identitaire fort pour le RN. Il rappelle que le parti de Marine Le Pen a longtemps nié le réchauffement climatique, avant d'adopter une position plus ambiguë, oscillant entre scepticisme et reconnaissance timide. Cependant, la majorité de ses électeurs reste profondément climatosceptique.
Selon une enquête du Cevipof datant de 2022, 68 % des électeurs de Marine Le Pen estimaient que le réchauffement climatique était « surtout dû à des causes naturelles », contre 34 % dans l'ensemble de la population. Un écart qui s'est creusé lors de la dernière élection présidentielle, où le climatoscepticisme est devenu un marqueur politique fort.
Les causes d'un rejet idéologique
Pour le politiste, ce déni s'explique par plusieurs facteurs. D'abord, une méfiance envers les élites et les institutions scientifiques, perçues comme faisant partie d'un système mondialiste que le RN combat. Ensuite, une vision du monde fondée sur la préférence nationale et la souveraineté, qui s'oppose aux politiques climatiques internationales jugées liberticides. Enfin, un électorat populaire et rural, souvent en difficulté économique, qui voit dans les mesures écologiques une menace pour son pouvoir d'achat et son mode de vie.
« Le RN a su capitaliser sur la colère sociale et le sentiment de déclassement pour transformer le climatoscepticisme en arme politique », écrit Stéphane François. Il cite également l'influence des médias d'extrême droite et des réseaux sociaux, qui relaient des thèses complotistes sur le réchauffement climatique.
Un danger pour la démocratie et l'environnement
Cette posture a des conséquences concrètes. En refusant d'agir contre le réchauffement climatique, le RN et ses électeurs contribuent à l'inaction politique. Stéphane François estime que ce déni « affaiblit la capacité de la société à faire face aux défis environnementaux ». Il y voit également un risque pour la démocratie, car le refus de la réalité scientifique sape la confiance dans les institutions et favorise la montée des extrémismes.
Le politiste appelle à un dialogue renouvelé avec les électeurs du RN, sans les stigmatiser, pour tenter de les convaincre de l'urgence climatique. Il souligne que les solutions écologiques doivent aussi répondre à leurs préoccupations sociales, sous peine de les voir se radicaliser davantage.
Un électorat exposé aux conséquences du changement climatique
Paradoxalement, les électeurs du RN sont parmi les plus exposés aux effets du réchauffement climatique. Ils vivent souvent dans des zones rurales ou périurbaines, plus vulnérables aux canicules, aux inondations ou aux sécheresses. « Ce sont eux qui subiront le plus durement les conséquences du changement climatique, et pourtant ils refusent de voir la réalité », déplore Stéphane François. Une situation intenable à long terme, tant pour eux que pour l'ensemble de la société.



