À Montouliers, dans l'Hérault, un pin d'Alep majestueux et quasi centenaire bénéficie désormais d'une protection juridique de 99 ans. Camille Heussler, propriétaire de 88 ans, a signé avec l'association Agir pour les arbres et la faune Occitanie une Obligation réelle environnementale (ORE) qui interdit tout abattage de l'arbre, ainsi que d'un cyprès de Provence voisin, jusqu'en 2125.
Un arbre menacé par des sollicitations répétées
Camille Heussler a subi des pressions pour se débarrasser de son pin d'Alep, jugé gênant par certains. « Il faut dire que Camille a reçu, si ce n'est des pressions, du moins des sollicitations répétées et insistantes pour se défaire de son pin d'Alep, jugé gênant », relève Nicole Bartoli, coprésidente de l'association. L'arbre, surnommé « le robuste chanceux », mesure près de 12 mètres de haut et penche légèrement, mais une expertise officielle a confirmé qu'il ne présente aucun danger pour les fondations du château voisin ni pour les maisons environnantes.
Résistance aux tempêtes et enjeu climatique
Lors des tempêtes Nils et Pedro, avec des vents atteignant 150 km/h, le pin n'a pas bougé, contrairement à de nombreux arbres alentour. « La meilleure preuve, c'est que lors des tempêtes Nils, puis Pedro, avec des vents à 150 km/h, parfois plus à certains endroits, il n'a pas bougé d'un pouce », souligne Nicole Bartoli. Quentin Grand, coprésident de l'association et arboriste-élagueur, insiste sur l'importance de protéger les arbres pour la biodiversité et le confort thermique face au réchauffement climatique : « Protéger les arbres actuels est un enjeu environnemental fort pour préserver la biodiversité. Mais c'est aussi un enjeu de santé publique et de confort thermique face au réchauffement climatique. Les arbres apportent de l'ombre et de la fraîcheur par évapotranspiration. »
Le mécanisme de l'ORE
L'Obligation réelle environnementale est un dispositif juridique issu de la loi pour la reconquête de la biodiversité du 8 août 2016. Elle permet à un propriétaire de protéger un élément naturel (arbre, prairie, écosystème) pour une durée maximale de 99 ans, même en cas de vente ou de succession. L'acte est signé devant notaire et enregistré au service de la publicité foncière. Le coût comprend l'expertise de l'arbre (environ 400 € par arbre), les frais de notaire et les honoraires de l'association. Le pin de Camille Heussler a été estimé à 10 670 € via le barème de l'arbre.
Un engagement pour le vivant
L'association insiste sur le fait que la protection des arbres est compatible avec la sécurité publique, à condition de les entretenir et de les surveiller. « La défense des arbres est compatible avec la sécurité publique : il faut les protéger, les entretenir, les surveiller et intervenir si un risque objectif apparaît », explique Nicole Bartoli. Le cyprès de Provence, endommagé par la tempête Nils, a été encordé et est surveillé régulièrement. Camille Heussler, ravie, conclut avec humour : « Puisque mon arbre est protégé jusqu'en 2125, j'ai décidé que le jour où il ne le sera plus, je partirai. »



