Alors qu'une nouvelle canicule frappe la France, une étude du CNRS publiée ce lundi révèle que les inégalités sociales face à la chaleur se sont aggravées en raison de l'absence de mesures politiques efficaces. Selon les chercheurs, le taux de mortalité lié aux vagues de chaleur est trois fois plus élevé dans les quartiers défavorisés que dans les zones aisées.
Des quartiers populaires en première ligne
L'étude, menée par l'équipe du climatologue Jean-Michel Soubeyroux, montre que les habitants des banlieues et des centres-villes anciens subissent des températures jusqu'à 5°C plus élevées que les zones résidentielles arborées. "Les îlots de chaleur urbains touchent principalement les logements mal isolés, les immeubles sans climatisation et les espaces sans végétation", explique-t-il.
À Marseille, dans le quartier de la Belle-de-Mai, les températures nocturnes ne descendent pas sous les 30°C depuis trois nuits. Fatima, mère de trois enfants, témoigne : "On vit les fenêtres ouvertes, mais il n'y a pas d'air. Les enfants ne dorment pas, je suis épuisée."
Un manque criant de mesures d'adaptation
Le rapport pointe l'absence de plan national d'adaptation aux canicules. "Les mesures actuelles se limitent à des alertes et à l'ouverture de quelques salles climatisées, mais cela ne suffit pas", dénonce Soubeyroux. En 2023, seuls 12 % des logements sociaux étaient équipés de systèmes de rafraîchissement efficaces.
L'étude recommande la création d'un fonds d'urgence de 500 millions d'euros pour l'isolation des bâtiments et la plantation d'arbres dans les quartiers prioritaires. "Chaque année, la canicule tue des milliers de personnes. C'est un scandale sanitaire", ajoute l'économiste de la santé Anne-Laurence Le Faou.
Des inégalités qui se creusent
Les données de Santé publique France indiquent que lors de la canicule de 2022, le taux de mortalité a augmenté de 25 % dans les communes les plus pauvres, contre 8 % dans les plus riches. Les causes : logements surchauffés, accès limité aux soins et précarité énergétique.
"L'impuissance politique amplifie ces inégalités. On laisse les plus vulnérables se débrouiller seuls", critique le sociologue Michel Gollac. Il appelle à une politique d'urbanisme inclusive, avec des îlots de fraîcheur obligatoires dans chaque nouveau projet.
Des pistes pour l'action
Plusieurs collectivités tentent d'agir. La ville de Paris a lancé un plan de végétalisation des cours d'école, tandis que Lyon subventionne l'installation de climatiseurs réversibles dans les HLM. Mais ces initiatives restent marginales face à l'ampleur du problème.
Le gouvernement promet un plan d'adaptation pour l'été 2026, mais les associations dénoncent un manque de volonté politique. "On ne peut plus attendre. Chaque canicule est une question de vie ou de mort pour les plus pauvres", conclut Le Faou.



