Les températures historiques de ces derniers jours ont un impact inattendu sur les femmes : la perturbation du cycle menstruel. Symptômes décuplés, règles inattendues, retards inhabituels… « D’habitude, je suis réglée comme une horloge », raconte Elodie, 35 ans. Mais depuis le début du dernier épisode de chaleur : rien, toujours rien. Pour Claire-Marie, c’est l’inverse. La semaine dernière, la jeune femme a eu ses règles quatre jours plus tôt que prévu. « Ça ne m’arrive jamais de les avoir autant en avance », raconte la Finistérienne, qui revenait d’un séjour dans le Grand-Est. « Là-bas, les fortes chaleurs se faisaient déjà ressentir. »
Sous la chaleur, le corps s’adapte
Dans un sens comme dans l’autre, la situation n’a rien d’anormale mais résulte d’une réaction de l’organisme à la chaleur. En période de canicule, le corps est en effet soumis « à un important stress thermique, explique le docteur Michel Mouly, gynécologue obstétricien. Pour maintenir sa température autour de 37 °C, le corps mobilise de nombreux mécanismes d’adaptation », une situation qui s’accompagne souvent « d’une augmentation du cortisol, l’hormone du stress, ainsi que de perturbations du sommeil et des rythmes biologiques. »
Le dialogue entre ovaire et cerveau, particulièrement sensibles à ses variations, se retrouve donc perturbé. Résultat ? L’ovulation peut être retardée, avancée ou même absente au cours du cycle. Pendant la canicule, « les taux d’œstradiol - l’hormone participant à l’ovulation - peuvent fluctuer davantage, entraînant des règles plus précoces ou plus tardives, des saignements plus abondants ou, au contraire, moins importants », poursuit le professionnel de santé.
« La chaleur extrême agit comme un stress biologique »
« La chaleur extrême agit comme un stress biologique, martèle-t-il. En augmentant le cortisol et en perturbant certains neurotransmetteurs cérébraux, elle peut modifier la sécrétion de FSH et de LH - les hormones responsables de la production d’œstradiol et de l’ovulation –, désorganiser l’ovulation et entraîner des règles inhabituelles », continue le gynécologue.
C’est ce qu’il s’est produit pour Anais, 32 ans, dont le cycle est toujours « très régulier ». La semaine dernière, ses règles sont arrivées « trois/quatre jours plus tôt que prévu », en plein « pic de chaleur dans mon secteur », relève la Morbihannaise qui a vu le thermomètre passer la barre des 40 °C. Pendant deux jours, c’était l’enfer. « Entre les crampes et la température ambiante, impossible de travailler, j’étais complètement à plat. »
Un impact amplifié pour les femmes souffrant d’endométriose
Même constat pour Marine, 27 ans : la chaleur n’a rien arrangé à son endométriose. La Marseillaise décrit un état de fatigue « décuplé » et des crampes qui l’ont empêché de se déplacer alors qu’elle attendait le bus. « J’ai cru que j’allais y passer ; ça m’est arrivé trois fois sur les quinze derniers jours alors que je n’avais pas connu ça depuis dix ans », constate l’enseignante.
Une perturbation d’autant plus présente chez les femmes de plus de 40 ans, « dont l’équilibre hormonal est déjà plus fragile en raison des fluctuations ovariennes de la transition ménopausique », explique Michel Mouly. La canicule « peut accentuer ces variations et rendre les cycles encore plus irréguliers ». Mais le gynécologue rassure : « Ces perturbations sont transitoires et se normalisent après la fin de l’épisode de chaleur. » Reste à savoir combien d’épisodes de règles sous canicules les femmes devront subir dans les prochaines années.



