Sirococcus tsugae : un champignon menace les cèdres en Aveyron
Sirococcus tsugae menace les cèdres en Aveyron

Au printemps 2026, le champignon pathogène Sirococcus tsugae a été identifié pour la première fois en France dans plusieurs peuplements forestiers d'Occitanie, notamment sur la commune de Brusque, dans le Sud-Aveyron. Ce champignon provoque le rougissement et la chute des aiguilles, ainsi que le dépérissement des pousses, voire de certaines branches. Si son impact à moyen terme reste encore mal connu, le Département de la Santé des Forêts (DSF) entend suivre de près son évolution dans les prochaines années.

Un champignon déjà présent en Europe

Agent pathogène des cèdres et des tsugas, Sirococcus tsugae est connu en Amérique du Nord depuis les années 1960. Il a ensuite été détecté au Royaume-Uni en 2013, en Allemagne en 2014, en Belgique en 2018 puis en Suisse en 2022. Ses spores se dispersent principalement par le vent et les précipitations.

"Ce champignon ne nous est pas totalement inconnu. Certains symptômes nous interpellaient déjà dans le Sud-Aveyron depuis 2024, mais leur origine n'était pas clairement identifiée", explique Mathieu Mirabel, responsable du pôle Occitanie du DSF. Son développement pourrait être favorisé par des conditions climatiques humides, mais les spécialistes restent prudents. "Cela reste une hypothèse. Lorsqu'un champignon arrive sur un territoire, il peut s'écouler plusieurs années, voire plusieurs décennies, avant qu'il ne devienne visible. Nous allons observer son évolution, la fréquence des attaques et voir si elles entraînent un affaiblissement ou une mortalité des cèdres, ou si d'autres pathogènes interviennent également", précise-t-il.

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Une surveillance renforcée

Même si les peuplements de cèdres restent relativement limités en surface, cette essence est largement utilisée dans les opérations de reboisement en Occitanie. "L'Aveyron se situe à la rencontre des climats méditerranéen, océanique et continental. Voir un arbre originaire des montagnes du Maroc confronté à un champignon venu d'Amérique du Nord dans le sud de la France constitue une situation assez inédite", souligne Mathieu Mirabel.

Pour les spécialistes, l'apparition de nouveaux bioagresseurs s'inscrit dans un contexte plus large de changements globaux et d'intensification des échanges internationaux. "Les introductions d'insectes et de champignons sont favorisées par la mondialisation. Notre rôle est désormais d'observer leur comportement afin de mieux comprendre leurs conséquences. Quelle que soit l'issue des études, nous en tirerons des enseignements", poursuit-il.

L'Aveyron déjà touché par les bioagresseurs exotiques

Ces dernières années, plusieurs autres bioagresseurs exotiques ont déjà été observés dans l'Aveyron, comme la chalarose du frêne, provoquée par le champignon Chalara fraxinea, ou encore la pyrale du buis sur le Larzac, une chenille originaire d'Asie susceptible d'entraîner la mort des arbres. À proximité du département, dans le Tarn, la punaise réticulée du chêne, venue d'Amérique du Nord et détectée en France depuis 2017, a également été observée ce printemps. Si elle provoque pour l'instant essentiellement des dégâts esthétiques, sa présence en Aveyron est jugée probable, même si aucun foyer n'y a encore été identifié.

Aucune mesure de lutte obligatoire n'est, à ce stade, prescrite contre Sirococcus tsugae. Le Département de la Santé des Forêts privilégie donc la surveillance afin de mieux mesurer l'évolution de ce nouveau pathogène. À plus long terme, la question du maintien du cèdre de l'Atlas dans certaines stratégies de reboisement pourrait toutefois se poser si son impact venait à s'aggraver.

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