Alors que la France connaît des vagues de chaleur de plus en plus fréquentes et intenses, une question se pose : sommes-nous tous égaux face à la chaleur ? La réponse est non, et elle tient en grande partie à notre capacité à transpirer. Selon une étude menée par des chercheurs de l'Université de Copenhague, les personnes qui transpirent le plus efficacement sont celles qui s'acclimatent le mieux à la chaleur.
Le rôle clé de la transpiration dans la régulation thermique
La transpiration est le principal mécanisme de refroidissement du corps humain. Lorsque la température corporelle augmente, les glandes sudoripares sécrètent de la sueur, qui en s'évaporant à la surface de la peau, dissipe la chaleur. Cependant, l'efficacité de ce processus varie d'une personne à l'autre. « Certaines personnes transpirent plus abondamment, mais leur sueur s'évapore moins bien, ce qui limite le refroidissement », explique la chercheuse en physiologie environnementale, le Dr. Mathilde Pascal, interrogée par Libération.
L'étude danoise, publiée dans la revue Journal of Applied Physiology, a suivi 40 volontaires exposés à une chaleur de 40°C pendant 90 minutes. Les chercheurs ont mesuré leur température corporelle, leur rythme cardiaque et leur production de sueur. Résultat : ceux qui transpiraient le plus efficacement (avec une évaporation rapide) voyaient leur température corporelle augmenter moins vite et se sentaient moins incommodés.
L'acclimatation à la chaleur : un processus individuel
L'acclimatation à la chaleur n'est pas la même pour tous. Elle dépend de facteurs génétiques, mais aussi de l'entraînement. « Les sportifs, par exemple, ont souvent une meilleure capacité à transpirer efficacement car leur corps s'est adapté à l'effort en milieu chaud », note le Dr. Pascal. En revanche, les personnes âgées, les enfants en bas âge et les personnes souffrant de certaines maladies chroniques (comme le diabète ou les troubles cardiaques) ont une capacité de thermorégulation réduite.
Selon l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), environ 10 % de la population serait particulièrement vulnérable aux vagues de chaleur en raison d'une mauvaise régulation thermique. Ce chiffre pourrait augmenter avec le vieillissement de la population et la multiplication des épisodes caniculaires liés au changement climatique.
Des disparités sociales et territoriales
Au-delà des facteurs physiologiques, les inégalités face à la chaleur sont aussi sociales. Les personnes vivant dans des logements mal isolés ou dépourvus de climatisation, souvent dans les quartiers défavorisés des grandes villes, sont plus exposées. « À Paris, par exemple, la température peut être de 6 à 8°C plus élevée dans certains îlots de chaleur urbains que dans les zones vertes », souligne le Dr. Pascal.
Les travailleurs en extérieur (ouvriers du bâtiment, agriculteurs, livreurs) sont également plus vulnérables. Selon une enquête de la Direction générale du travail, en 2023, 12 % des accidents du travail en été étaient liés à la chaleur, avec une augmentation de 30 % lors des canicules.
Comment améliorer son acclimatation ?
Bien que la génétique joue un rôle, il est possible d'améliorer sa tolérance à la chaleur. L'exposition progressive à des températures élevées, par exemple en pratiquant une activité physique modérée en fin de matinée, permet de stimuler la production de sueur et d'améliorer son évaporation. « Il faut compter une à deux semaines d'exposition régulière pour que le corps s'adapte », précise la chercheuse.
L'hydratation est également cruciale : boire suffisamment d'eau (environ 1,5 à 2 litres par jour, plus en cas de chaleur) permet de maintenir un bon volume sanguin et de favoriser la transpiration. En revanche, l'alcool et les boissons sucrées sont à éviter car ils déshydratent.
Les recommandations des autorités sanitaires
Face à la multiplication des épisodes de chaleur, les autorités sanitaires renforcent leurs messages de prévention. Santé publique France rappelle les gestes essentiels : rester au frais, se rafraîchir régulièrement avec un brumisateur ou un linge humide, éviter les sorties aux heures les plus chaudes (entre 11h et 16h), et prendre des nouvelles des personnes fragiles de son entourage.
En 2023, la canicule a causé près de 5 000 décès supplémentaires en France, selon l'Inserm. Un chiffre qui pourrait être réduit si chacun adapte son comportement et si les pouvoirs publics mettent en place des mesures d'adaptation, comme la végétalisation des villes ou la création de lieux de fraîcheur accessibles à tous.



