Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a lancé un appel pressant lundi pour que « toute la vérité » soit faite sur le coût climatique de l'intelligence artificielle (IA). Dans un discours prononcé à New York, il a souligné que l'essor fulgurant de cette technologie ne doit pas se faire au détriment de la planète.
Une empreinte carbone méconnue
Selon une étude récente de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la consommation électrique des centres de données (data centers) pourrait doubler d'ici 2026, passant de 460 térawattheures (TWh) en 2022 à plus de 1 000 TWh. Cette augmentation est en grande partie due à l'entraînement et au fonctionnement des modèles d'IA, qui nécessitent des puissances de calcul colossales. « Nous ne pouvons pas laisser l'IA devenir un gouffre énergétique sans que les entreprises et les gouvernements rendent des comptes », a déclaré Guterres.
Un appel à la transparence
Le chef de l'ONU a demandé aux géants de la tech de publier des données précises sur l'impact environnemental de leurs systèmes d'IA. « Il est inacceptable que les citoyens, les investisseurs et les régulateurs soient tenus dans l'ignorance. La transparence est une condition préalable à toute action responsable », a-t-il insisté. Actuellement, seules quelques entreprises comme Google et Microsoft communiquent partiellement sur leur empreinte carbone, mais sans standardisation ni vérification indépendante.
Des initiatives existantes
Plusieurs initiatives tentent de mesurer cet impact. Par exemple, le projet « AI Carbon Footprint » de l'université de Stanford estime que l'entraînement d'un seul grand modèle de langage (comme GPT-3) peut émettre l'équivalent de 300 tonnes de CO2, soit autant que cinq voitures parcourant 200 000 kilomètres chacune. Cependant, ces chiffres restent partiels et contestés par certains acteurs du secteur.
Vers une régulation internationale ?
Guterres a également plaidé pour la mise en place d'un cadre de régulation international, sur le modèle de l'Accord de Paris sur le climat. « Nous avons besoin de règles du jeu claires pour que l'IA serve le développement durable, pas qu'elle l'entrave », a-t-il affirmé. L'ONU prévoit de réunir un groupe d'experts d'ici la fin de l'année pour élaborer des recommandations concrètes.
Réactions mitigées
Les réactions ne se sont pas fait attendre. L'ONG Greenpeace a salué cette prise de position, qualifiant l'appel de « nécessaire et urgent ». À l'inverse, certaines entreprises technologiques, sous couvert d'anonymat, ont exprimé leurs réserves, arguant que l'IA pourrait aussi contribuer à réduire les émissions dans d'autres secteurs, comme l'optimisation des réseaux électriques ou l'agriculture de précision.
Alors que la conférence climatique COP29 se profile à l'horizon, le secrétaire général espère que cette question sera inscrite à l'ordre du jour. « Il est temps de passer de la promesse à l'action », a conclu Guterres, avant de rappeler que les coûts cachés de l'IA ne doivent pas hypothéquer l'avenir de la planète.



