Inondations en Charente-Maritime : les restaurateurs et camping s'adaptent pour la saison
Inondations : les commerçants de la Charente s'adaptent

Les inondations de février 2026 ont laissé de nombreux stigmates sur les bords du fleuve Charente. En Charente-Maritime, la majorité des propriétaires de camping, restaurants et guinguettes concernés se sont relevé les manches pour être prêts pour la saison estivale. On se souvient de ces images de la Charente qui monte, encore et encore, jusqu’à engloutir certaines installations et bâtisses qui se trouvent sur ses bords, en Saintonge.

À Chaniers, le camping Belle Rivière se réinvente

Près de Saintes, à Chaniers, lors de la crue du mois de février, le camping Belle Rivière était aux premières loges. Le 17 février dernier, les maisonnettes sur pilotis n’ont pas échappé à la crue. Tous les intérieurs ont dû être refaits. Jean-Christophe Doreau, le patron des lieux depuis 2020, explique : « La structure du restaurant n’a pas tenu. On a décidé de ne pas reconstruire. À la place, on va installer un chapiteau de 80 m2 et un camion de restauration qui va faire rôtisserie. On s’adapte, on avance. » En l’espace de six ans, le quinquagénaire accumule déjà trois crues significatives : 2021, 2023 et 2026. La dernière (6,565 m à Saintes) est venue chatouiller le triste record de 1994, troisième plus grande crue du XXe siècle (6,67 m).

Deux ans pour restructurer

Plus d’un millier d’habitations ont été touchées durant cet épisode marquant. De nature optimiste, Jean-Christophe Doreau ne veut pas se laisser abattre. Il a aussi dû faire des choix pour l’avenir. « Je ne vais pas refaire de maisonnettes sur pilotis, c’est trop risqué », reconnaît-il. Alors il a porté son dévolu sur des caravanes en toile équipées d’un châssis, « beaucoup plus faciles à déplacer et évacuer ». Autre adaptation qui découle aussi de la demande : accorder plus d’espaces aux camping-caristes. « Le but, c’est de limiter au maximum les dégâts », poursuit le gérant. Le 1er mai, il a rouvert à la clientèle avec un mois de retard. « C’est comme ça. Pour la suite, je me donne deux ans pour restructurer le camping. » Ça passe par des petites choses comme des installations électriques/wifi qui se déclipsent aisément. « Pour les quatre chalets au fond du camping, construits en 2022, on a posé un nouvel isolant qui sèche plus vite. »

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Au Moulin de la Baine, le restaurant s'adapte aussi

À quelques centaines de mètres en amont, au Moulin de la Baine, magnifique édifice du XVIIe siècle, on trouve le restaurant éponyme tenu par Théo Cousseins et Jérôme Dechambre depuis 2020. Eux aussi ont rouvert avec un mois de retard, début avril. « On a eu 40 centimètres dans le resto. La dernière fois, c’était en 1994, confie Jérôme Dechambre. En huit ans, notre prédécesseur n’a pas eu d’eau sur la terrasse ; nous, trois fois. » Résilients, eux aussi le sont. « On préfère agir avant de se morfondre », souligne Théo Cousseins. Le duo a décidé de refaire la cuisine en PVC et, ainsi, réduire drastiquement les soucis de séchage en cas de nouveau sinistre. « C’est indéniable, le curseur bouge, les modèles météo ne sont plus les mêmes, on doit s’adapter », développe le cogérant de 49 ans.

La guinguette aussi se réinvente

Il y a le restaurant mais aussi la guinguette, sur la petite île dans le prolongement du moulin. « Là aussi, on a dû trouver des solutions, avec une caravane que l’on peut retirer », explique Théo. Vendredi 15 mai, elle a accueilli une cinquantaine de personnes pour sa réouverture. Un signe qui fait plaisir aux deux associés.

À Brives-sur-Charente, la guinguette Le Pont des rives repart

Autre ouverture récente, un peu plus en amont sur le fleuve, au Pont des rives à Brives-sur-Charente. La guinguette éphémère tenue par Estelle Surbier et Clément Appercé, tous deux trentenaires, a aussi lancé sa saison vendredi dernier. La seconde. Un week-end bien rythmé, bien loin du temps des inondations en février. « Ici, nous sommes en zone Natura 2000 donc tout est vidé hors saison, éclaire la jeune femme. C’était impressionnant, le niveau de l’eau arrivait au toit de la cabane. On a eu beaucoup de nettoyage avec le limon pour enlever l’odeur… »

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À Taillebourg, Bruno Bordron attend l'ouverture

L’ouverture, Bruno Bordron, restaurateur de 75 printemps, n’y est malheureusement pas encore. Le gérant des Quais de Taillebourg, un restaurant guinguette qui anime les bords de Charente chaque été, commence juste le nettoyage. Depuis la crue de février, son établissement est hors d’usage et, surtout, resté en l’état… « L’expert est passé il y a seulement deux semaines, j’étais obligé de laisser tel quel pour qu’il constate les dégâts, indique le septuagénaire mardi 19 mai. Là, c’est dans son jus, il y a de la vase partout… » Les portes accordéons qui longent la salle du restaurant sont à jeter. « Rien que pour ça, il y en a pour 100 000 euros. Je vais investir dans des rideaux rigides transparents qui se relèvent comme une devanture de magasin. Sinon, on avait déjà remonté les prises électriques. » Celui qui voulait ouvrir mi-avril table sur un retour aux affaires fin juin. « De toute façon, il faut que j’ouvre, condition pour que ma perte d’exploitation soit remboursée. » Le septuagénaire, résilient comme ses pairs, conclut : « J’en ai vu d’autres, on fait avec. »