En 2019, le chanteur Hugues Aufray donnait un entretien à « l'Obs » pour expliquer comment se mettre au frais. Ses conseils d'une originalité modérée (boire de l'eau, être à l'ombre) auraient irrité une plume plus antique, Sénèque. Dans « Questions naturelles », le philosophe stoïcien se plaint de la mollesse des hommes de son époque qui, craignant trop la chaleur, « mangent de la neige » et la font « tomber par morceaux dans leurs coupes, de peur qu'entre chaque rasade leur vin ne tiédisse ».
Alors que, du fait du réchauffement climatique, nos étés deviennent torrides et que désormais dès le mois de mai débarquent les incontournables débats sur les meilleures manières de traverser la canicule – faut-il boire du thé chaud comme les Touaregs ? – il n'est pas inutile de faire un petit détour par l'Histoire, pour comprendre comment nos ancêtres s'y prenaient pour éviter que les corps « s'épuisent par un flux continuel, et nos forces se perdent par une transpiration excessive », dixit Sénèque.
1. Exploiter les autres
À en croire des sources antiques, l'empereur romain Héliogabale faisait « charrier des neiges dans son verger, pour en avoir une montagne dans l'été ». On trouve des récits similaires dans l'Irak des Abbassides : le calife al-Mahdi aurait fait disposer de la glace, descendue des montagnes, pour rafraîchir ses appartements. Ces pratiques, réservées aux élites, montrent que l'exploitation de la main-d'œuvre et des ressources naturelles était une solution courante.
Le thé chaud des Touaregs
Dans le désert, les Touaregs boivent du thé chaud pour se rafraîchir. Cette technique, qui semble paradoxale, a une explication physiologique : la boisson chaude provoque une sudation qui, en s'évaporant, refroidit le corps. Une astuce que les peuples du Sahara utilisent depuis des siècles.
2. L'architecture au service du frais
Les bâtisseurs de l'Antiquité avaient développé des techniques pour lutter contre la chaleur. Les Romains construisaient des domus avec des cours intérieures ombragées et des fontaines pour rafraîchir l'air. Les maisons traditionnelles yéménites, avec leurs tours de ventilation, captaient les brises pour créer un courant d'air naturel. En Iran, les badgirs (tours à vent) fonctionnent encore aujourd'hui sans électricité.
Les citernes et les jardins
Les Perses utilisaient des qanats, des canaux souterrains qui amenaient l'eau des montagnes vers les villes, créant des oasis de fraîcheur. Les jardins andalous, avec leurs bassins et leur végétation, offraient des microclimats agréables.
3. Les vêtements et les habitudes
Les Égyptiens portaient du lin, une fibre légère et respirante. Les Romains adoptaient la tunique ample. Dans les régions chaudes, les siestes étaient monnaie courante pour éviter les heures les plus chaudes. Les bains publics, comme les thermes romains, permettaient de se rafraîchir collectivement.
L'alimentation
Les ancêtres privilégiaient les aliments légers et hydratants : fruits, légumes, soupes froides. Les Romains appréciaient le posca, une boisson à base de vinaigre et d'eau, désaltérante et rafraîchissante.
Aujourd'hui, ces leçons du passé peuvent encore nous inspirer face aux canicules de plus en plus fréquentes. Plutôt que de recourir à la climatisation énergivore, peut-être devrions-nous redécouvrir ces astuces éprouvées par l'histoire.



