Enquête pour maltraitance animale au Moulin de Poyaller
Enquête pour maltraitance au Moulin de Poyaller

Le propriétaire du Moulin de Poyaller, situé à Saint-Aubin, fait l'objet d'une enquête préliminaire menée conjointement par la gendarmerie et les services vétérinaires. Cette procédure fait suite à une plainte déposée par la Fondation Brigitte-Bardot, elle-même motivée par plusieurs signalements de témoins.

Un lieu emblématique des Landes

Depuis son ouverture au public en 1993, le Moulin de Poyaller est devenu une véritable institution en Chalosse. Chaque année, des milliers de visiteurs s'y pressent pour des sorties scolaires, des pique-niques ombragés ou des balades en barque. Le parc animalier abrite environ soixante-dix animaux : wallabies, alpagas, cerfs, ânes, chèvres et autres petites bêtes. Sur Google, les avis sont presque unanimes : « Visite incontournable avec des enfants », « cadre magnifique », « lieu apaisant ». La page Facebook du site compte plus de 200 000 abonnés. Pourtant, derrière cette image idyllique, une tout autre réalité se cache.

Des accusations graves

Le propriétaire est soupçonné de sept chefs d'accusation, dont « sévices graves ou actes de cruauté envers un animal domestique, apprivoisé ou captif ayant entraîné la mort », « mauvais traitements envers un animal placé sous sa garde par l'exploitant d'un établissement détenant des animaux » et « détention de cadavre ou partie de cadavre d'animal sans déclaration ». Le 5 mars 2026, une descente de gendarmerie, accompagnée d'agents de l'Office national de la biodiversité (OFB) et de représentants des services vétérinaires de la DDETSPP, a eu lieu au moulin. Le propriétaire a été entendu en audition libre le 23 avril. La décision pénale est attendue prochainement.

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Le témoignage d'une ancienne repreneuse

À l'origine de l'enquête, une plainte de la Fondation Brigitte-Bardot, constituée en partie civile, après des signalements début 2026. Le premier signalement émane d'une ancienne potentielle repreneuse. En 2025, un jeune couple, intéressé par la reprise du moulin, s'installe à l'essai. Très vite, la jeune femme découvre l'envers du décor. « Le propriétaire ne voulait pas lâcher l'affaire, il était intrusif. Il était très désagréable avec nous et avec le public », raconte-t-elle. Surtout, le lien avec les animaux diffère : « Il n'est pas forcément très aimant avec eux. Il me disait : "le bien-être animal, on s'en fout !", pour lui, il faut avant tout chercher la rentabilité. »

Elle observe plusieurs manquements : nourrissage insuffisant, animaux amaigris, abris et espaces manquants, enclos trop petits hors période d'ouverture, absence de seaux d'eau en période de forte chaleur. Deux épisodes la marquent particulièrement. « Pour éviter de payer les frais de vétérinaire, il enterrait les cadavres d'animaux dans son jardin. C'est interdit. » Pire encore : « Un jour, un wallaby s'était blessé à la patte. Il a décrété qu'il fallait abréger ses souffrances. Il l'a noyé devant moi. Je me suis décomposée. Il a justifié son geste en disant que ça lui évitait les frais de vétérinaire, qu'une opération aurait coûté 600 euros. »

La Fondation Brigitte-Bardot réagit

Après les signalements, l'enquêtrice locale de la Fondation s'est rendue incognito sur place. « Le manque d'abris, d'eau, ce sont des choses que j'ai pu constater. J'ai recueilli un grand nombre de témoignages accablants. Mais la plainte est surtout motivée par la noyade du wallaby, qui est l'un des actes les plus cruels que l'on m'ait racontés de toute ma carrière. Rien que par cet acte, il encourt cinq ans de prison et 75 000 euros d'amende, selon l'article 521-1 du Code pénal. »

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Le propriétaire reconnaît les faits

Dans un courriel adressé au procureur de Dax et au préfet des Landes, que « Sud Ouest » a consulté, le propriétaire s'explique longuement. « Depuis le début de l'année, nous avons le sentiment de vivre un véritable cauchemar. À la liste des soupçons d'infractions qui me sont reprochées, je me sens sale, méprisable, je vais jusqu'à douter de mes décisions prises », confie-t-il. Il avoue les faits les plus graves : « Je ne peux rien contester. J'ai préféré le plus souvent enfouir les cadavres d'animaux, pour raison économique, notamment. Pour les animaux ayant vécu au moulin, je préférais les avoir morts ici, mais je sais que ça ne correspond pas aux règles. »

Quant au wallaby noyé, il déclare : « Je plaide coupable, coupable d'avoir voulu hâter la fin des souffrances d'un animal. Je pense que si ce type d'accident arrivait à nouveau et que si j'estimais les chances de l'animal quasiment nulles, j'aurais beaucoup de mal à ne pas mettre fin à sa souffrance le plus vite possible. Mais je réfute l'acte de cruauté. Pour moi, c'était plus un acte d'amour. » La justice tranchera.