L'opération Bugs Matter débarque en France pour mesurer le déclin alarmant des insectes
Bugs Matter en France : mesurer le déclin des insectes via les plaques

Bugs Matter arrive en France : une application pour quantifier l'effondrement des insectes

Ce lundi 13 avril marque le lancement officiel en France de l'opération Bugs Matter, une initiative scientifique participative d'origine britannique. Le principe, aussi simple qu'ingénieux, consiste à évaluer le nombre d'insectes en analysant les traces laissées sur les plaques d'immatriculation des véhicules. Les participants doivent télécharger une application dédiée sur leur smartphone pour contribuer à cette collecte de données à grande échelle.

Des origines britanniques et des résultats alarmants

L'initiative trouve sa genèse au Royaume-Uni, où un premier mouvement avait vu le jour il y a vingt ans. Relancée en 2019 sous le nom de Bugs Matter après une étude pilote dans le Kent, elle a révélé des chiffres préoccupants : la population d'insectes dans cette région avait chuté de 50% par rapport à 2004. Les bilans successifs de 2022 et 2024 ont confirmé une tendance inquiétante, avec un déclin moyen annuel des traces d'insectes estimé à 19% depuis 2021.

Après avoir été déployée au Royaume-Uni et en Irlande, où 25 000 relevés représentant 760 000 kilomètres parcourus ont été réalisés, l'opération débarque désormais en France. Elle sera développée sous l'égide du Muséum national d'histoire naturelle via son programme Vigie Nature, en collaboration avec l'association Noé et l'Office pour les insectes et leur environnement (Opie).

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un protocole scientifique rigoureux

Le mode opératoire est précis : avant un trajet, les participants nettoient et photographient leur plaque d'immatriculation à l'aide de l'application mobile. Celle-ci enregistre le parcours via GPS et compte automatiquement les impacts d'insectes à la fin du déplacement. Plusieurs conditions doivent être respectées pour garantir la fiabilité des données :

  • Les trajets doivent avoir lieu entre mai et septembre
  • Ils ne doivent pas être effectués sous la pluie
  • Les parcours trop courts ou trop rapides sont exclus
  • La vitesse du véhicule, la durée du trajet, l'altitude et la région traversée sont pris en compte

Le choix de la plaque d'immatriculation comme surface de collecte n'est pas anodin. Il s'agit d'une surface plane et standardisée qui constitue un collecteur passif idéal, moins exposé à l'aérodynamique du véhicule et aux flux d'air que d'autres éléments comme les rétroviseurs.

Des enjeux écologiques majeurs

Les données collectées à grande échelle fourniront aux chercheurs des indicateurs précieux sur l'état des populations d'insectes, ces organismes essentiels au fonctionnement des écosystèmes. Une enquête similaire menée au Danemark, devenue une référence mondiale, avait conclu à une baisse des populations d'insectes volants de 80% entre 1997 et 2017.

Ces chiffres doivent cependant être nuancés, car ils indiquent principalement l'abondance des populations plutôt que le nombre exact d'espèces disparues. Les risques d'extinction concernent en premier lieu les espèces spécialisées, ce qui peut entraîner des déséquilibres majeurs dans la biodiversité et provoquer ce que les scientifiques appellent des extinctions fonctionnelles.

L'arrivée de Bugs Matter en France représente donc une opportunité unique de mesurer avec précision l'ampleur du déclin des insectes sur le territoire national, tout en sensibilisant le grand public à cet enjeu écologique crucial.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale