Dans certaines régions, la proportion des Français qui disent vouloir partir à la montagne en été est désormais supérieure à celle de l'hiver. Un tournant majeur dans l'histoire des vacances en France, qui s'explique par de multiples facteurs : plus d'activités outdoor - au succès parfois éclair à l'instar des courses de trail -, modernisation des hôtels, création d'infrastructures nouvelles (notamment aquatiques), séjours sur-mesure et parfois très originaux. Tout est fait pour recevoir et attirer une clientèle nouvelle, mais souvent sans expérience. Il faut parfois aux locaux déployer des trésors d'ingéniosité et de pédagogie dans l'apprentissage du milieu naturel afin de donner aux néophytes les codes pour des pratiques respectueuses de l'environnement. Ces derniers, souvent avides d'une déconnexion totale, n'hésitent pas à prendre d'assaut bivouacs et refuges ou à se lancer vers les plus hauts sommets, à condition de respecter certaines règles, dans l'Hexagone mais aussi ailleurs en Europe comme en Espagne. Petit guide à l'usage des estivants pour une montagne en partage.
Le Val d'Aran : une enclave entre France et Espagne
Il suffit de remonter le cours de la Garonne depuis Montréjeau pour tout comprendre : la frontière de Pont del Rei entre la France et l'Espagne semble naturelle pour accéder au Val d'Aran, où le fleuve prend d'ailleurs sa source. Car de toutes parts, un chapelet de sommets infranchissables sépare cette enclave de 633 kilomètres carrés de la maison mère espagnole. Seule une route empierrée tracée en 1924 - améliorée depuis - permettait de franchir le col de Bonaigua à 2 080 mètres d'altitude ; mais les hivers la rendaient inaccessible. En 1948, Franco a décidé d'éradiquer les cellules antifranquistes qui fleurissaient là en faisant percer un tunnel de 5,2 kilomètres depuis l'Espagne, évitant du même coup le risque d'un rattachement à la France de ce territoire trop libre à son goût. Il réalisa là un projet remontant à 1830.
Une langue à part… à part entière
La particularité du Val d'Aran n'est pas juste topographique. Certes rattachée à la Catalogne, l'enclave s'en trouve culturellement éloignée. On y parle une langue reconnue, l'aranais : origine occitane affirmée - un héritage gascon -, doux mélange de mots compréhensibles à la lecture et de sons chantant à l'oreille. Une langue officielle défendue à haute voix par les autorités locales, que les enfants apprennent à l'école et que tout actif s'installant ici doit maîtriser pour mieux s'intégrer. Pourtant, seuls 3 000 des 10 000 habitants la parleraient couramment, car de nombreux Espagnols y ont élu domicile pour sa douceur de vivre. À dessein : voilà plus de dix millénaires que l'Homme a investi ces contrées, forgeant un héritage architectural religieux roman et gothique tel qu'un itinéraire routier en quinze étapes le met en valeur.
Une histoire de molécules
À Vielha, la capitale, on ne compte plus les restaurants et bars à tapas. Le soir, la clientèle déborde sur les trottoirs. Le jambon diffuse ses saveurs, le vin ses molécules, réjouissantes comme l'ambiance. Se frayer un chemin jusqu'au bar où s'exposent des bouchées avenantes, tendre un bras pour attraper un verre, jouer d'adresse pour ne rien renverser, trouver une table, mais qu'importe si l'on reste debout, bavarder avec un(e) inconnu(e)… À une table, le maire de la ville prend sa pause : dix minutes d'échanges sans protocole dans un brouhaha bon enfant. Puis il convient de sortir, tester une autre enseigne, d'autres tapas, d'autres nectars, d'autres rencontres. La nuit sera courte.
Randonnées et nature préservée
Le lendemain dans la montagne, une bouffée d'oxygène s'impose. Car le charme du Val d'Aran opère aussi (surtout ?) au gré de ses reliefs, que l'on parcourt de préférence à pied par des itinéraires ponctués de refuges. Centre névralgique de ce tourisme d'altitude, la station de Baqueira-Beret - l'une des plus importantes des Pyrénées pour son domaine skiable - constitue un point de départ vers des randonnées flirtant avec la plénitude. Ainsi, au sud, le massif des Encantats offre mille lacs au regard et rend invisible toute frontière. Et l'on se prend à rêver que cette terre possède peut-être un peu de France dans son caractère. Pour plus d'informations sur la région, consulter visitvaldaran.com. Et pour des itinéraires de randonnées en toute liberté, se renseigner : labalaguere.com (avec, par exemple, sept jours d'itinérance accompagnée, dès 965 € par personne).



