Cinéma Les Montreurs d'Images : défendre l'art et essai face aux défis
Les Montreurs d'Images : défendre l'art et essai

Une assemblée générale sous tension

L'assemblée générale du cinéma Les Montreurs d'Images se tient ce jeudi 21 mai à 18 h 30 dans la grande salle du Studio Ferry. Marie-Ange Castelli, présidente du cinéma, revient tout juste de Cannes où elle a pu visionner une dizaine de films avant leur projection officielle. Les polémiques sur la Croisette n'ont pas manqué, mais c'est surtout l'avenir de son établissement qui la préoccupe.

Des finances compliquées

La présidente évoque des sujets épineux : « En 2025, j'ai vécu pour la première fois une négociation de délégation de service public, avec des impacts importants sur notre budget. La municipalité précédente a baissé notre subvention de 50 000 à 30 000 euros. Il a fallu s'adapter et prévoir d'autres sources de financement. Nous sommes allés vers la nouvelle municipalité pour demander la rectification d'erreurs, dont une baisse immédiate dès 2026. »

Pierre Dupont, directeur des Montreurs et également 1er adjoint, tempère : « Il peut toujours y avoir des avenants. » Marie-Ange Castelli assure que les fonctions politiques et internes sont bien distinctes. « Nous aurons peut-être la réponse au cours de l'AG », espère-t-elle.

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La chasse aux fake news

Face à la tendance nationale à la baisse des subventions culturelles, le cinéma doit boucler un budget de 500 000 euros. Pierre Dupont s'insurge contre les fake news selon lesquelles le Centre national du cinéma (CNC) serait financé par les impôts : « Le cinéma français n'est pas financé par l'argent public mais par l'argent du public. » Pas question d'augmenter les tarifs, déjà supérieurs à la moyenne des cinémas d'art et essai. L'établissement réfléchit plutôt à louer ses salles pour des événements.

Une fréquentation en hausse

Les Montreurs d'Images ont réalisé 59 000 entrées en 2025, soit une hausse de 7 %, à contre-courant des -15 % nationaux. Ce succès est attribué à l'ouverture d'une troisième salle, permettant 30 % de séances supplémentaires et la projection de 500 films. Cependant, les entrées scolaires ont baissé de 14 000 à 12 000, les établissements voyant leurs moyens réduits. Le nombre d'abonnés approche les 1 900.

« C'est à peu près autant qu'un cinéma de cinq salles. Nous devons réfléchir à notre programmation : doit-on continuer à diffuser autant de films ou trouver une autre stratégie ? », interroge la présidente. « Mais nous aurons toujours la même exigence de qualité, c'est non négociable. Les labels du CNC sont un point de repère. Nous sommes à 90-95 % de cinéma art et essai, et cela va le rester. »

Un combat quotidien pour la diversité

Les distributeurs imposent parfois des contraintes : « Pour nous donner accès à une copie, ils exigent un nombre de séances qui fait qu'un seul film peut prendre beaucoup de place dans notre programmation. C'est un combat quotidien pour proposer de la diversité », explique Marie-Ange Castelli. Malgré cela, le cinéma projette actuellement des films de Cannes comme « Autofiction » de Pedro Almodovar.

Pierre Dupont rejette l'idée que les petits cinémas prennent des spectateurs aux grands : « Les habitudes ont changé, on regarde des films sur des plateformes ou sur son téléphone. Ce n'est pas la petite et moyenne exploitation qui prend des spectateurs à la grande. » Il s'inquiète aussi de la concentration des productions : « Le fait que quelqu'un qui promeut l'extrême droite [Bolloré via Canal+] ait la main sur cette production est inquiétant. »

Les Montreurs d'Images restent un acteur culturel incontournable, grâce à des partenariats avec de multiples associations, comme pour le Printemps des droits humains. « Il n'y a que ce collectif qui peut nous aider, car seul, on n'arrive à rien », conclut Pierre Dupont.

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