Depuis quelques années, les hôtels à insectes se multiplient dans les jardins, les écoles et les balcons. Beaucoup pensent qu'ils offrent un refuge à tous les insectes menacés. En réalité, la majorité des espèces ne les utilisent jamais.
Quels insectes occupent vraiment les hôtels ?
Leurs principaux occupants sont des abeilles solitaires et quelques guêpes solitaires qui nichent naturellement dans des cavités. En France, cela ne représente qu'une faible partie des quelque 1 000 espèces d'abeilles sauvages. Les papillons, les coccinelles ou les bourdons, souvent représentés sur les hôtels vendus dans le commerce, y trouvent rarement un habitat adapté.
Un piège potentiel pour les insectes
L'idée paraît pourtant logique : multiplier les abris devrait favoriser les insectes. Mais plusieurs études racontent une histoire plus complexe. En étudiant près de 600 hôtels à insectes installés pendant trois ans à Toronto, le biologiste canadien J. Scott MacIvor a montré que ces refuges étaient largement occupés par des guêpes solitaires et par plusieurs espèces d'abeilles introduites, plutôt que par les abeilles sauvages indigènes que l'on cherche généralement à favoriser. Plus surprenant encore, plusieurs travaux montrent que les hôtels à insectes peuvent favoriser la transmission de parasites et de certains agents pathogènes lorsqu'ils concentrent de nombreux nids au même endroit ou qu'ils ne sont pas entretenus régulièrement.
Les scientifiques ne concluent pas que les hôtels sont néfastes, mais soulignent plutôt qu'ils doivent être correctement conçus, nettoyés régulièrement et intégrés dans un environnement favorable.
Le meilleur hôtel est souvent le jardin lui-même
C'est sans doute le résultat le plus inattendu. Pour les chercheurs, un hôtel à insectes ne peut être efficace que s'il s'inscrit dans un habitat favorable, riche en fleurs, en sites de nidification naturels et pauvre en pesticides. Des fleurs locales riches en nectar, quelques tiges sèches laissées en place, du bois mort, une petite zone de terre nue et l'absence de pesticides rendent un jardin bien plus accueillant pour la plupart des insectes qu'un simple assemblage de bambous.
L'hôtel à insectes reste donc un excellent support pour observer les abeilles solitaires et sensibiliser à la biodiversité, mais, à lui seul, il ne suffira pas à enrayer leur déclin. La meilleure façon d'aider les insectes consiste finalement à laisser un peu plus de nature dans son propre jardin.



