Festival de Journalisme 2026 : liberté, écologie et fête à Couthures
Festival Journalisme 2026 : liberté, écologie et fête

Festival international de Journalisme : liberté de la presse, transition écologique et besoin de fête au menu de l’édition 2026

La 10e édition du Festival international de Journalisme se tiendra dans la ville du Lot-et-Garonne du 10 au 12 juillet. Par Caroline Michel-Aguirre, Arnaud Gonzague et Anna Topaloff. Publié le 12 juin 2026 à 12h00. Lecture : 3 min.

Les 360 habitants de Couthures-sur-Garonne (Lot-et-Garonne), dont les maisons sont nichées dans un coude du fleuve, ont connu en février l’une de ces inondations dont leur histoire est émaillée. Ils sont cependant prêts à accueillir le Festival international de Journalisme, organisé par le groupe « le Monde » et « le Nouvel Obs », du 10 au 12 juillet. Cette dixième édition sera l’année des records : plus de 200 rendez-vous (rencontres, débats, projections de films et de documentaires, expositions de photographies, ateliers interactifs, dégustation de produits locaux), et 150 invités, d’Anne-Elisabeth Lemoine (France Télévisions) à Charline Vanhoenacker (France-Inter) en passant par Marc Feuillée (« le Figaro »). Une place particulière sera accordée au journaliste russe Dmitri Mouratov, colauréat du Prix Nobel de la paix en 2021 (avec la journaliste philippine Maria Ressa), et rédacteur en chef du média indépendant « Novaïa Gazeta ».

Après le temps des épreuves, le retour du beau temps ? Ce sera le message d’espoir de cette édition, marquée par une actualité à la fois riche et menaçante. Journalistes, experts, chercheurs, personnalités politiques, historiens, avocats vont se succéder pendant trois jours, sous l’ombre fraîche des chênes et des peupliers, pour interroger les grands enjeux du monde actuel : l’intelligence artificielle est-elle l’amie ou l’ennemie de l’information ? Est-ce l’heure du contrecoup pour le mouvement #MeToo ? La question migratoire est-elle le reflet d’une société fracturée ?

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Le festival se veut le rendez-vous de ceux qui cherchent à décrypter l’actualité avec exigence et à défendre l’information de qualité au moment, précisément, où celle-ci semble de toutes parts mise en péril. Ce sera aussi l’occasion pour les lecteurs du « Nouvel Obs » de rencontrer quelques représentants de leur magazine. Le directeur général, Sandro Martin, sera ainsi présent le vendredi après-midi et réfléchira sur la place d’un hebdomadaire de gauche dans le contexte de la prochaine élection présidentielle, en compagnie de Jérémie Peltier, codirecteur de la Fondation Jean-Jaurès. De leur côté, des journalistes de la rédaction coanimeront des échanges autour de trois sujets.

Un signe du bon fonctionnement des démocraties

La première thématique, « Menaces sur le journalisme d’investigation », témoigne des pressions multiformes qui s’exercent désormais sur les médias et leurs acteurs. On sait que la liberté d’information est un signe de bon fonctionnement des sociétés démocratiques. Or elle n’a jamais été autant attaquée. Partout en Europe, les procédures-bâillons se multiplient. Elles se caractérisent par une instrumentalisation du droit pour intimider, voire museler les journalistes, mais également les activistes, les universitaires, les lanceurs d’alerte, les ONG et les militants. Les menaces physiques et verbales, le harcèlement en ligne, même les menaces de mort, proférées y compris par des représentants de l’Etat, sont désormais le lot quotidien des journalistes français.

L’association Reporters sans frontières, qui publie un classement mondial de la liberté de la presse, s’est ainsi alarmée de la dégradation historique de la situation des médias dans tous les pays. La France occupe une bien peu satisfaisante 25e place dans ce classement. Comment la profession peut-elle s’organiser pour continuer à exercer son métier librement ? Ce sera l’une des questions posées, entre autres, à nos invités et Valentine Oberti, codirectrice de la rédaction de Mediapart, Benoît Collombat, directeur de la cellule investigation de Radio-France, et Ksenia Bolchakova, documentariste d’investigation russe, prix Albert-Londres 2022.

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L’autre thème abordé pose une question dérangeante : « Peut-on encore croire à la transition écologique ? » Dans un monde écartelé par les guerres, dans des sociétés assommées par les populismes, l’urgence environnementale fait en effet de plus en plus figure de question accessoire – pour ne pas dire de repoussoir. Pourtant, chaque jour qui passe, apportant son lot de chaleurs excessives, de catastrophes naturelles imprévisibles et de préoccupations majeures pour la santé publique (néonicotinoïdes, cadmium…), nous montre l’impérieuse nécessité de mettre en place des politiques ambitieuses, et acceptées par la société. Mais les élus ont-ils le courage et le talent de proposer des réformes environnementales dignes de ce nom ?

C’est à cette question que répondront, notamment, la députée Delphine Batho, l’eurodéputé Pascal Canfin et le conseiller régional de Nouvelle-Aquitaine Vital Baude. Bien entendu, nous tous, citoyens, ne pouvons pas non plus échapper à une mise au point sur notre responsabilité collective. Notre cerveau d’homo sapiens en est-il capable ? Le Dr Pierre Burbaud s’y penchera. Et, bien sûr, le rôle décisif des entreprises et des médias dans la transition sera lui aussi examiné.

Militantisme festif

Enfin, pour célébrer cette édition anniversaire, nous avons choisi de réfléchir aux différentes façons de faire la fête et ce qu’elles racontent de nous. Thermomètre de la vitalité d’une société, notre capacité collective à festoyer révèle la relation que nous entretenons avec la liberté, l’égalité et la fraternité. Des premiers carnavals aux free parties, des fêtes de village aux clubs sélects, avec ou sans adjuvants, au Nouvel An, aux enterrements et jusque sous les bombes, l’homme a toujours eu besoin de communier sur la piste de danse. Didier Lestrade, fondateur d’Act Up-Paris et figure tutélaire du militantisme festif, s’interrogera sur la dimension politique de la fiesta, avec la sociologue Emmanuelle Lallement et le critique Arnaud Idelon.

Aujourd’hui, au cœur de l’actualité, l’évolution de la législation contre les free parties sera l’objet d’une discussion, qui promet d’être vive, entre le géologue Alexandre Grondeau, l’une des pionniers du mouvement en France, et Blandine Sarrazin, maire du village du Barp (Gironde), où des centaines de « teufeurs » se donnent régulièrement rendez-vous. Le festival accueillera aussi le jeune journaliste Max Laulom et son formidable documentaire, « Kyiv est une fête », consacré aux pulsions festives de la jeunesse ukrainienne. Et puis, la nuit venue, il sera temps, pour les intervenants et les festivaliers, de danser maintenant.

Retrouvez le programme complet des 10, 11 et 12 juillet prochain et réservez vos places sur Festivalinternationaldejournalisme.com Par Caroline Michel-Aguirre, Arnaud Gonzague et Anna Topaloff