Dans le village de Cherveix-Cubas, en Dordogne, l'ancienne boucherie est devenue une épicerie participative tenue par ses adhérents qui sélectionnent les produits, au maximum bio et locaux, vendus à prix coûtant. Et ça marche.
Un samedi matin hivernal au cœur du village
Un samedi matin hivernal au cœur du village de Cherveix-Cubas, en Dordogne, 550 habitants. C'est jour de marché sur la place. On s'apostrophe, on se salue, on blague, panier sous le bras, jusque sur le pas d'une boutique aux airs rétro avec sa façade aux carreaux de mosaïque. À l'intérieur, on se bouscule jusque derrière les vitrines et la caisse, et il faut repérer les tabliers à l'effigie d'un pic-vert pour savoir qui est au service, qui est client. « Client » ? Pas vraiment : à l'Épi vert, « on n'emploie pas ce mot », précisent d'emblée Marina Pommier et Mai Lam, membres fondatrices de l'association qui a ouvert cette épicerie collaborative et participative. Elles préfèrent parler d'adhérents, voire de « consomm'acteurs », puisqu'il s'agit bien de donner le pouvoir aux consommateurs.
Une initiative née d'un constat simple
Avec un petit noyau d'habitants du coin, « surtout des quadras et des quinquas », elles étaient là dès la naissance du projet et pour l'ouverture en novembre 2020. Le constat était simple. « On devait faire plusieurs dizaines de kilomètres pour acheter ce que l'on ne trouvait pas sur le marché de producteurs du samedi, par exemple de l'épicerie bio ou du vrac », expose Marina Pommier. Le local était tout trouvé : la boucherie du village était fermée « faute de repreneur », rappelle le maire (et accessoirement adhérent) Jean-Marie Queyroy.
Zéro bénéfice
L'ancien boucher Christian Courcelaud a accepté de prêter les murs pour le démarrage. L'Épi vert paie aujourd'hui un loyer symbolique (90 euros par mois). Il faut dire qu'on est loin ici des maxi-profits. Et pour cause : « On a un chiffre d'affaires de 40 000 euros mais on ne fait aucun bénéfice, expose Mai Lam, qui préside l'association. Nos 400 produits, que l'on choisit collégialement, sont vendus à prix coûtant. On se finance avec les adhésions et des animations que l'on organise. En adhérant, on s'engage à donner deux heures de son temps chaque mois. Sans ces deux heures de bénévolat, on ne peut plus venir faire ses courses. »
Des adhérents impliqués
Les adhérents (une vingtaine au départ, 80 à ce jour) ont donc des devoirs et des droits. Un planning est établi et chacun s'y colle : passer les commandes, réceptionner les livraisons, ouvrir l'épicerie (le vendredi soir et le samedi matin), faire la compta… « Ceux qui n'habitent pas ici à l'année jouent le jeu, par exemple en gérant la boîte mail », sourit la présidente.
Un réseau immatériel
Fromages, farine, œufs bio, miels… L'Épi vert est en relation directe avec une trentaine de producteurs de proximité, « bio, mais pas forcément » : « L'important, c'est que l'on sache comment ils travaillent, glisse Marina Pommier. Ce sont eux qui fixent leurs prix. Et comme certains adhérents sont leurs voisins, ils font les livraisons jusqu'à l'épicerie pour eux. » Beaucoup de bon sens, en somme.
C'est dans la même logique que l'Épi vert prête à ses adhérents une gamme d'outils et de matériel achetés grâce aux 12 000 euros décrochés avec le budget participatif du Conseil départemental. « On a par exemple un déshydrateur de pro, expose Marina Pommier. C'est génial pour sécher des tomates. » Partisans des « petites choses » qui font « plus de bienveillance et moins de concurrence », les « consomm'acteurs » de Cherveix-Cubas peuvent payer leurs courses en trèfles, une monnaie locale qui circule en Dordogne depuis 2016.
L'Épi vert a aussi donné naissance à un « réseau immatériel » d'échange de bons plans, de savoirs et de coups de main. Et les idées abondent. « Nos heures de bénévolat représentent un emploi à mi-temps, évalue Mai Lam. Si on arrivait à financer ce poste, on pourrait ouvrir plus souvent, envisager des livraisons chez ceux qui ont plus de mal à se déplacer. » Marina Pommier enchaîne : « On pourrait créer un atelier de transformation des produits en surplus dans nos potagers. »
Appel à projets
Comme 13 autres épiceries participatives déjà ouvertes en Nouvelle-Aquitaine (plus une en création), L'Épi vert de Cherveix-Cubas a bénéficié d'un coup de pouce de Bouge ton coq. Ce mouvement citoyen lance un nouvel appel à candidatures afin d'ouvrir 100 épiceries de plus en milieu rural, sur le même modèle. Les projets retenus bénéficieront, comme l'Épi vert, d'une aide de 1 100 euros, d'un soutien technique (avec la plateforme MonÉpi) et de l'appui du réseau existant. Les mairies, associations ou citoyens intéressés ont jusqu'au 28 février pour se faire connaître.
Contact au 06 77 67 88 92 ou par courriel à a.delaguillonniere@bougetoncoq.fr. Plus d'informations sur www.bougetoncoq.fr.



