Goélands voleurs : les villes côtières changent de stratégie
Goélands voleurs : les villes côtières changent de stratégie

« C’est beaucoup plus simple de chiper une gaufre que d’aller pêcher ! » À La Baule-Escoublac, l’été dernier a été particulièrement marqué par une série de vols à l’arraché. Les ravisseurs ? Toujours les mêmes : des goélands argentés, marins ou bruns. Tournoyant dans les airs tels de vrais charognards, ils sont devenus depuis plusieurs années la hantise des riverains et des touristes.

« Paquets de chips, barbecue, sucreries… Rien ne leur échappe », souffle Marc Brehat, directeur de l’environnement et du cadre de vie de la ville côtière de Loire-Atlantique. Même constat à une centaine de kilomètres, à Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée). « Plus le goéland a accès à la nourriture, plus le lieu lui devient favorable », ajoute Julie Morisot, adjointe à l’environnement au développement durable et à la mobilité. « Ensuite il se niche, fait des petits… » et les communes croulent sous les plaintes.

Une stérilisation contestée

Pour remédier à la présence de ce nuisible, la mairie vendéenne a longtemps eu recours à la stérilisation des œufs à l’arrivée des beaux jours. Cette technique consiste à les enduire d’une huile végétale qui empêche l’oxygénation et donc, l’éclosion. Problème : le goéland est une espèce protégée, chaque campagne de stérilisation nécessite une dérogation préfectorale et les associations de défense des animaux grincent des dents.

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« Ces demandes sont systématiquement renouvelées sans se demander comment vont les populations », déplore Olivier Retail, directeur chez la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) Bretagne. « La population de goélands argentés a été réduite de deux tiers en vingt ans, pointe le spécialiste qui revient sur l’origine de ce fléau. Les populations de goélands se sont rapprochées des villes dans les années 1970 avec l’arrivée des décharges à ciel ouvert, c’est un animal vorace qui n’a pas peur de l’homme. » Les vols de sandwichs et autres denrées se sont accentués avec l’activité humaine. « Très vite, ça a créé des soucis de cohabitation avec l’homme, retrace-t-il, et les premières campagnes de stérilisations ont débuté dès les années 1990. »

Sur le même modèle que Concarneau ou Douarnenez (Finistère), la commune de Saint-Gilles-Croix-de-Vie a pour la première fois abandonné l’idée d’une énième campagne de badigeonnage des œufs. « Le nombre de goélands ne réduisait pas de façon significative », glisse la mairie qui se dit également consciente des enjeux sur la protection de l’espèce. Et la méthode a un coût : 10 000 à 15 000 euros pour une commune de cette envergure (8 000 habitants).

D’autres méthodes, et un peu de bon sens

À La Baule, qui n’avait jamais cédé à la stérilisation, la ville a déboursé plus de 20 000 euros cette année pour une campagne d’effarouchement sur son avenue principale. L’objectif est simple : empêcher l’animal de se reproduire sur la zone grâce à l’envol de buses de Harris à intervalles variés sur une période de trois mois et en amont de la nidification. Une solution « éthique » selon Alexis Vignon, fauconnier professionnel pour la société GNA Bio-Gestion, « puisque l’on fait simplement appel à ce qu’il se passe dans la nature ».

Côté vendéen, la mairie tente cette année le pari du bon sens de ses habitants. Au programme, une campagne de prévention qui vise à inciter les riverains à conserver leurs déchets dans des contenants fermés, retirer les potentiels nids des toitures avant la période hivernale et surtout, ne pas nourrir les goélands. Pour le moment, la cohabitation se passe bien « mais on risque d’avoir plus d’inconvénients cet été avec les touristes qui ont moins l’habitude de l’animal », envisage Julie Morisot. Mais finalement, une attaque de goéland, est-ce que ça ne ferait pas tout le charme des vacances à la mer ?

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