Démocratiser l'entreprise : une urgence pour sauver la planète et la démocratie
Démocratiser l'entreprise : urgence planétaire et démocratique

Le modèle économique actuel, un frein à la démocratie et à la planète

Le gouvernement d'entreprise qui structure notre économie est non seulement obsolète, mais il constitue l'un des principaux moteurs des crises planétaires et démocratiques que nous traversons actuellement. Pour préserver les systèmes politiques et sauvegarder notre environnement, il est impératif d'accélérer la transition démocratique en démocratisant radicalement l'entreprise. Cette conclusion émerge des travaux approfondis menés tout au long de l'année 2025 par le Comité international d'experts sur la démocratie au travail, que j'ai eu l'honneur de présider.

Une initiative espagnole aux implications mondiales

Ce comité, composé de collègues issus d'institutions académiques prestigieuses, a été mis sur pied à l'initiative de la vice-présidente et ministre du travail du gouvernement espagnol, Yolanda Diaz. Le 2 février, il a rendu publique une étude exhaustive portant sur l'article 129.2 de la Constitution espagnole, une disposition visionnaire qui mandate explicitement la participation des travailleurs aux décisions stratégiques et à la propriété des entreprises.

Il y a près d'un demi-siècle, la transformation démocratique de l'Espagne a inspiré le monde entier : émergeant de la dictature franquiste, le pays s'est doté d'une nouvelle Constitution, promettant de reconstruire la société sur les fondements solides de la liberté et de l'égalité des droits pour tous les citoyens.

Une promesse constitutionnelle restée inachevée

Cependant, depuis cinq décennies, un élément absolument crucial de cette architecture démocratique demeure tragiquement inachevé et largement ignoré. Si les Espagnols ont conquis le droit fondamental de choisir leurs dirigeants politiques dans l'isoloir, ils sont restés les sujets passifs d'une autocratie profondément ancrée sur leur lieu de travail quotidien – un constat amer qui s'applique toujours à la grande majorité d'entre nous, bien au-delà des frontières espagnoles.

Le modèle économique dominant en Espagne, et dans de nombreux pays, continue de traiter les travailleurs comme de simples « ressources humaines » – c'est-à-dire comme des coûts variables à minimiser impitoyablement pour maximiser les profits à court terme. Les conséquences de cette approche sont désastreuses et multiples.

Les conséquences de l'autocratie en entreprise

Résultat de ce système ? La vaste majorité des citoyens passent l'essentiel de leur vie professionnelle dans des environnements où ils n'ont ni voix au chapitre, ni capacité réelle d'action, ni part équitable à la richesse considérable qu'ils contribuent pourtant à créer chaque jour. Cette exclusion économique et décisionnelle génère un profond sentiment d'impuissance et d'injustice.

Il n'est donc guère surprenant que la confiance des populations dans les institutions démocratiques s'érode progressivement mais sûrement, alimentant l'une des causes majeures de l'effondrement démocratique observé partout dans le monde. La Constitution espagnole avait eu la sagesse et la clairvoyance de comprendre qu'on ne pouvait pas soutenir durablement un État véritablement démocratique si ses lieux de travail quotidiens restaient régis par des principes autocratiques hérités d'un autre âge.

La démocratisation de l'entreprise n'est pas une simple option réformatrice, mais une urgence civilisationnelle. Elle représente le chaînon manquant entre les promesses politiques et la réalité économique vécue par des millions de personnes. Sans elle, la transition écologique restera lettre morte, car elle nécessite l'engagement et l'innovation de tous les acteurs économiques, et non d'une minorité de dirigeants.