L'association de défense de l'environnement Canopée, créée en 2021, se distingue par ses méthodes peu conventionnelles. Spécialisée dans la lutte contre la déforestation, elle utilise des actions de désobéissance civile et des campagnes de communication choc pour interpeller l'opinion publique et les pouvoirs publics. Ces pratiques suscitent des critiques croissantes, certains les jugeant contre-productives ou trop radicales.
Des actions coup de poing
Canopée est notamment connue pour avoir déversé des centaines de kilos de terre devant le ministère de l'Agriculture en 2022, pour dénoncer l'impact des importations de soja brésilien sur la forêt amazonienne. L'association a également organisé des collages sauvages dans plusieurs grandes villes françaises, affichant des messages chocs comme « Votre steak brûle la forêt ».
Selon son fondateur, Paul Vannier, ces méthodes sont nécessaires pour « sortir du silence médiatique » sur des sujets complexes. « Nous devons frapper fort pour que les gens prennent conscience de l'urgence écologique », explique-t-il dans un entretien au Point.
Des critiques sur la méthode
Ces actions sont toutefois critiquées par certains responsables politiques et ONG plus modérées. Pour le député LREM Jean-Marc Zulesi, « ces méthodes radicales nuisent à la cause environnementale en la discréditant ».
De son côté, l'association WWF France, tout en partageant les objectifs de Canopée, estime que « la désobéissance civile doit rester un dernier recours, après l'épuisement des voies légales ». Un porte-parole de WWF souligne que « le dialogue avec les acteurs économiques reste essentiel pour obtenir des changements durables ».
Un impact réel mais difficile à mesurer
Malgré les controverses, Canopée revendique plusieurs succès. L'association affirme avoir contribué à faire adopter un amendement à l'Assemblée nationale en 2023, renforçant les obligations de traçabilité du bois importé. Elle a également obtenu le retrait d'un projet de plantation d'eucalyptus dans le sud-ouest de la France, après une pétition ayant recueilli plus de 50 000 signatures.
Cependant, l'impact réel de ses actions reste difficile à quantifier. Une étude interne de Canopée, citée par ses dirigeants, indique que leurs campagnes ont généré plus de 200 articles de presse en un an, mais les experts en communication estiment que la notoriété ne se traduit pas toujours en changements politiques concrets.
Un modèle qui inspire et divise
Le modèle de Canopée inspire d'autres associations, comme la branche française d'Extinction Rebellion, qui a adopté des tactiques similaires. Mais il divise au sein même de la mouvance écologiste. Certains militants, comme Claire Nouvian, fondatrice de Bloom, estiment que « la diversité des méthodes est une force, à condition de ne pas tomber dans la violence ou l'illégalité ».
En attendant, Canopée continue de multiplier les actions. Son prochain objectif : obtenir un moratoire sur les importations de soja en provenance de zones déforestées. L'association promet de nouvelles « surprises » pour les mois à venir.



