Sète : le transport d'agrumes à la voile renaît entre l'Espagne et l'Occitanie
Sète : renaissance du transport d'agrumes à la voile avec l'Espagne

Le retour d'un commerce historique en Méditerranée

Dans le port de plaisance de Sète, discrètement amarré au pied du Môle, le sloop Saveurs incarne une renaissance maritime. Ce voilier à un seul mât, construit en 1985 et certifié pour le commerce, transporte désormais des cargaisons d'agrumes et de produits locaux entre l'Espagne et l'Occitanie, renouant avec une tradition commerciale qui a fait la richesse du port sétois au XIXe siècle.

Un héritage majeurquin ressuscité

Frédéric Dijol, capitaine du Saveurs et président de l'association Eol'lien, a relancé depuis deux saisons hivernales ce négoce maritime qui avait disparu avec l'essor des cargos frigorifiques. "Seul voilier de commerce de Méditerranée" selon son capitaine, l'embarcation peut transporter jusqu'à deux tonnes de marchandises.

Cette initiative s'inscrit dans une longue histoire documentée par la Société d'études historiques et scientifiques de Sète et sa région (Sehsser). Dès le XIXe siècle, des négociants majorquins comme Barthélémy Tous (installé en 1871) et Antoine Bernat (en 1880) ont développé un commerce florissant d'agrumes. Les voiliers espagnols, surnommés balancelles dans les ports français ou pailebots en majorquin, arrivaient en convoi par dix ou douze, chacun chargé de 180 tonnes de fruits.

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Une logistique moderne pour des produits traditionnels

De novembre à mars, une fois par mois, le Saveurs effectue la traversée vers Majorque pour se fournir auprès de la coopérative Productos de Mallorca au port de Bonaire, ainsi qu'à Valence chez le maraîcher Saborita. La cargaison comprend :

  • 1,2 tonne d'oranges et de citrons
  • 50 kg de soubressades (saucisson typique des Baléares)
  • Des amandes et autres produits locaux

Au retour, le voilier dessert les ports d'Occitanie (Argelès, Canet, Gruissan, Sète) et vend les produits directement aux particuliers sur le quai d'Alger à Sète, ou via des marchés de producteurs à Poussan, Montbazin, Balaruc, Frontignan et Tropisme. Les ventes se font également par précommande sur la boutique en ligne eol-lien.fr.

Un engagement écologique et économique viable

Frédéric Dijol, ancien ingénieur devenu marin par conviction écologique, explique : "Je voyais des camions, des camions et la mer à côté. C'est fou, je me suis dit qu'il fallait trouver des alternatives propres. C'était une prise de conscience."

Le modèle économique montre des signes encourageants : "Le chiffre d'affaires double tous les ans. On arrive à un équilibre financier qui permet de payer quelques marins à la mission", précise le capitaine. Au-delà des particuliers "sensibles à une démarche écologiste", l'initiative séduit des producteurs comme La Mer Blanche à Argelès-sur-Mer qui achète des cargaisons entières pour produire des liqueurs d'Arancello et de Limoncello.

Perspectives historiques et contemporaines

Gustave Brugidou de la Sehsser animera une conférence le 20 juin sur le retour de la voile dans le transport maritime, soulignant que "au début de la vapeur, les navires avaient en général deux mâts équipés de voiles. Pour économiser le charbon, ils utilisaient la voile lorsque les vents étaient favorables".

Aujourd'hui, face à l'explosion des coûts des énergies fossiles, cette initiative pionnière démontre qu'un transport maritime décarboné est possible. Le port de plaisance de Sète, décrit comme "central en Occitanie et vraiment accueillant pour les associations à intérêt public", joue un rôle clé dans cette renaissance qui combine tradition historique et innovation écologique.

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