Italie : 2 milliards d'euros pour 74 nouveaux TGV Frecciarossa, vers un métro européen à grande vitesse
Italie investit 2 milliards dans 74 TGV pour un métro européen

L'Italie accélère sa révolution ferroviaire avec un investissement massif

Dans une démonstration spectaculaire de ses ambitions ferroviaires, l'Italie vient d'annoncer un investissement colossal de 2 milliards d'euros pour le renouvellement et l'expansion de sa flotte de trains à grande vitesse. L'opérateur national Trenitalia, équivalent transalpin de la SNCF, a officialisé la commande de 74 nouveaux trains Frecciarossa qui viendront renforcer son parc d'ici 2030.

Une flotte modernisée pour conquérir l'Europe

"74 nouveaux trains Frecciarossa arriveront d'ici 2030, renforçant notre flotte avec un fort accent mis sur le service et l'innovation", a déclaré Gianpiero Strisciuglio, PDG de Trenitalia, lors de la présentation du nouveau logo de l'entreprise. Cette commande monumentale s'inscrit dans une stratégie plus large de développement ferroviaire, venant compléter un précédent contrat de 2023 portant sur 36 unités supplémentaires pour 1,3 milliard d'euros.

Les célèbres Flèches rouges, fabriquées par le japonais Hitachi dans les usines italiennes de Pistoia et de Naples, constituent désormais la colonne vertébrale des ambitions paneuropéennes de Trenitalia. Ces trains circulent déjà avec succès entre Paris, Lyon, Marseille et Milan depuis plusieurs années, gagnant progressivement la confiance des voyageurs français.

Vers un véritable métro européen à grande vitesse

L'objectif affiché par les dirigeants italiens est particulièrement ambitieux : construire un métro européen à grande vitesse, connecté, accessible et durable. Stefano Antonio Donnarumma, patron du groupe FS (maison mère de Trenitalia), explique cette vision : "Notre objectif est de répondre aux besoins d'une mobilité en constante évolution, en Italie et bientôt en Europe. L'Europe a besoin de réseaux. Nous sommes prêts à les construire."

La particularité technique de ces nouveaux Frecciarossa 1000 réside dans leur interopérabilité exceptionnelle. Conçus pour circuler sur sept réseaux ferroviaires européens différents (France, Espagne, Allemagne, Autriche, Suisse, Pays-Bas et Belgique), ils matérialisent concrètement l'idée d'un espace ferroviaire européen unifié. Dès 2026, Trenitalia prévoit d'élargir son offre avec le lancement de la liaison Milan-Munich, marquant une nouvelle étape dans son expansion continentale.

La SNCF réplique avec ses propres ambitions européennes

Face à cette offensive italienne, la SNCF Voyageurs n'est pas en reste. L'opérateur français a récemment levé une option pour 15 TGV M supplémentaires auprès d'Alstom pour 600 millions d'euros, portant sa commande totale à 160 rames de nouvelle génération. Cette décision s'inscrit dans une stratégie de conquête européenne tout aussi déterminée, avec l'objectif affiché de doubler le nombre de passagers sur le Vieux continent en moins de dix ans.

"Cette nouvelle commande témoigne de l'ambition de SNCF Voyageurs : continuer à accroître son offre internationale et proposer la meilleure expérience voyageur", explique la compagnie française. Les TGV M, avec leurs aménagements innovants (modularité, connectivité renforcée, confort des sièges amélioré), doivent permettre à la SNCF de rivaliser efficacement sur les marchés européens, notamment en Italie et entre la France et la Belgique.

Une course ferroviaire aux implications stratégiques

Cette compétition féroce entre opérateurs nationaux illustre une transformation profonde du paysage ferroviaire européen. Les deux entreprises adoptent des approches similaires : investissements massifs dans des flottes modernes et interopérables, expansion agressive sur les marchés voisins, et discours mettant en avant l'innovation technologique et l'expérience voyageur.

Les livraisons des nouveaux trains s'échelonneront sur plusieurs années, avec les premiers TGV M français qui doivent commencer à circuler commercialement début juillet (avec plusieurs années de retard sur le calendrier initial), tandis que les 15 rames supplémentaires sont attendues en 2029. Du côté italien, le déploiement progressif des 74 Frecciarossa s'étalera jusqu'en 2030.

Cette course à la grande vitesse européenne représente bien plus qu'une simple rivalité commerciale. Elle incarne une vision stratégique du transport continental, où la mobilité durable, l'interconnexion transfrontalière et la modernisation des infrastructures deviennent des priorités partagées, même si les approches concurrentielles persistent. Le rêve d'un véritable métro européen à grande vitesse semble aujourd'hui plus tangible que jamais, porté par des investissements sans précédent et une volonté politique renouvelée.