Le président français pointe les limites du modèle énergétique espagnol
Dans un entretien accordé au quotidien espagnol El País, Emmanuel Macron a vivement critiqué l'approche énergétique de l'Espagne, estimant que son modèle 100% renouvelable présente des faiblesses structurelles. Le chef de l'État français a jugé "fallacieux" d'attribuer les difficultés électriques espagnoles au manque d'interconnexions avec la France, renvoyant plutôt la responsabilité aux choix énergétiques de Madrid.
La méga-panne d'avril 2025 comme révélateur
Interrogé spécifiquement sur la méga-panne d'avril 2025 qui a affecté le système électrique espagnol, Emmanuel Macron a minimisé le rôle des interconnexions dans cet incident. "La panne de courant espagnole n'est pas liée aux interconnexions, mais plutôt au fait qu'aucun système, du moins avec la technologie actuelle, ne peut supporter une telle dépendance aux énergies renouvelables", a-t-il déclaré.
Le président français a développé son analyse en soulignant que les limites technologiques actuelles empêchent de garantir la stabilité d'un système reposant quasi exclusivement sur l'éolien et le solaire. "Son problème réside dans son modèle énergétique 100% renouvelable, que son réseau électrique national ne peut supporter", a-t-il affirmé avec conviction.
La défense du mix énergétique français
Cette prise de position s'inscrit dans la ligne défendue par la France depuis plusieurs années : privilégier un mix énergétique stable reposant largement sur le nucléaire. Emmanuel Macron insiste sur la nécessité de maintenir des capacités pilotables pour garantir la sécurité d'approvisionnement.
"La stabilité du mix énergétique est essentielle, car sans elle, des chocs excessifs se produisent", a-t-il souligné, marquant ainsi sa distance avec les pays européens misant sur une sortie rapide des énergies nucléaires et fossiles au profit des renouvelables.
Le débat sur les interconnexions
Le président français reconnaît néanmoins l'importance des infrastructures de transport d'électricité. "Les réseaux sont indispensables", a-t-il rappelé, tout en minimisant leur rôle dans les difficultés espagnoles.
Cette position contraste avec celle de la Commission européenne, qui a dévoilé en décembre dernier une feuille de route pour développer les interconnexions entre l'Espagne et l'Europe. Deux nouvelles lignes souterraines à travers les Pyrénées, dites "Pyrenean Crossing" 1 et 2, ont été annoncées par Bruxelles.
Le commissaire européen à l'énergie, Dan Jorgensen, avait même envoyé une petite pique à la France : "Tous les pays européens bénéficieront de plus de connexions et je pense n'offenser personne en disant que parfois, la France s'est montrée réticente à développer ses interconnexions". Il rappelait que les liaisons avec les pays voisins permettaient à la France d'éviter "40 blackouts" par an.
Une vision stratégique à long terme
Pour Emmanuel Macron, l'enjeu dépasse la seule question des interconnexions électriques. Il estime que les énergies renouvelables, bien que nécessaires, ne peuvent constituer à court terme l'unique pilier du système électrique européen sans fragiliser la sécurité énergétique.
Cette position confirme la stratégie française de long terme, fondée sur le nucléaire et la stabilité du système plutôt que sur un basculement rapide vers un modèle entièrement renouvelable. Le président français souligne la nécessité d'investir dans les infrastructures tout en préservant un mix énergétique diversifié.
Le débat ainsi ouvert par Emmanuel Macron met en lumière les divergences d'approche au sein de l'Union européenne concernant la transition énergétique, entre partisans d'un virage rapide vers les renouvelables et défenseurs d'une transition plus progressive intégrant des sources d'énergie pilotables comme le nucléaire.