Désormais, pour voler la nuit, l'HéliSmur devra voir double. Le H145 D3, la récente monture de l'HéliSmur 34, est ce qui se fait de mieux en matière de voilure tournante pour ce type de mission. Réglementation oblige : d'ici la fin de l'été, l'ensemble des équipages sera formé à l'utilisation de jumelles à vision nocturne pour pouvoir opérer 24 heures sur 24.
Une obligation européenne enfin appliquée
Ces dernières semaines, cela a provoqué de belles turbulences dans le milieu des exploitants d'hélicoptères dédiés aux évacuations sanitaires. Après maints reports, la France a fini par céder face à Bruxelles et impose désormais aux opérateurs travaillant sur le territoire de faire voler leurs équipages avec des jumelles à vision nocturne (JVN). Cet équipement est utilisé par les militaires depuis plus de quatre-vingts ans, et plus récemment par de nombreux autres opérateurs de transport sanitaire européens (Espagne, Suisse, Italie, Allemagne, Belgique...). Il devient un sésame indispensable pour opérer des vols dits primaires en conditions nocturnes.
Formation des équipages de l'HéliSmur 34
Les six équipages dédiés à l'HéliSmur 34 seront formés d'ici la fin de l'été. Dans l'Hérault, le Secours Aérien Français (SAF Aerogroup), qui détient le marché de l'évacuation sanitaire auprès de l'Agence régionale de santé (ARS), a débuté la formation de ses six équipages (soit douze pilotes et aides-pilotes). À ce jour, tous ont achevé leur formation théorique et ont entamé la partie pratique, permettant d'espérer une pleine capacité opérationnelle d'ici la fin de l'été.
Un coût exponentiel
Outre la machine (le H145 D3 produit à Marignane, dont le coût est d'environ dix millions d'euros au prix catalogue d'Airbus), il faut ajouter la masse salariale (équipages, mécaniciens, administratifs), la maintenance et le maintien en condition opérationnelle des équipements (révisions, consommables...), le carburant, et le maintien des qualifications des équipages (formations...). Le vol sanitaire coûte cher, entre deux mille et quatre mille euros de l'heure, parfois plus. Mais, à l'instar d'un appareil d'IRM ou d'un robot chirurgical, l'hélicoptère fait désormais partie des équipements de pointe de tout système de santé moderne. Autant de machines dont personne ne songerait à remettre l'emploi en question, au vu de leur efficience respective. Reste une addition de plus en plus indigeste pour un système de santé qui se rapproche chaque année un peu plus du collapsus.
Plus le droit de voler la nuit pour certaines missions
Ce déploiement à marche forcée est nécessaire. Par le passé, les principaux opérateurs (SAF, Mont Blanc Hélicoptère et la filiale tricolore du groupe britannique Babcock) ont réussi à retarder des échéances réglementaires européennes, parfois pendant dix ans. Mais cette énième évolution va finir par s'imposer. En cas de refus, la sanction serait quasi immédiate : "Ils n'auraient plus le droit de voler la nuit pour opérer certaines missions. Cela se ferait au détriment des populations de l'arrière-pays, par exemple, car on ne pourrait poser que sur des endroits connus (un site répertorié et agréé)", explique Pierrick, un pilote professionnel. Problème : "Aujourd'hui, le secteur aéronautique est hors de prix ! Ces sociétés subissent une inflation galopante, presque tous les ans", relève un autre observateur. "En plus, souvent, les entreprises sont payées avec un ou deux mois de retard, voire plus. Ce décalage pose un vrai problème de gestion."
Montpellier, unique saint-bernard
Agissant un peu à la manière d'un contractor (fournisseur), les sociétés qui déploient machines et équipages travaillent sous contrat avec les ARS (et donc le ministère de la Santé). Elles touchent un montant donné pour la mise à disposition d'un hélicoptère et de son équipage, et sont payées que le tandem vole ou non. Ensuite, une facturation à la minute de vol est prise en compte pour chaque sortie. En Occitanie, seuls les HéliSmur de Montpellier et Toulouse opèrent sous contrat dit de 24 heures. Les autres établissements (Carcassonne, Rodez, Béziers, Nîmes...) volent dans la tranche de 8 heures à 20 heures et observent la règle de la nuit aéronautique, qui, selon la latitude, démarre de trente à quinze minutes avant le lever du soleil et s'achève de quinze à trente minutes après le coucher du soleil. De fait, une fois l'obscurité venue, la machine basée à Montpellier doit, en bon saint-bernard, assurer l'entière couverture du département, mais également celle du Gard voisin. Pour l'épauler en cas de coup dur, le Dragon 34, l'hélicoptère de la Sécurité civile, est d'astreinte 24 heures sur 24 sur sa base de l'aéroport de Montpellier-Méditerranée, sous réserve de disponibilité.
Un équipement classé comme arme de guerre
Cette nouvelle dépense complexifie encore un peu plus les comptabilités. Cet équipement a un coût auquel s'ajoute toute une procédure administrative d'acquisition, puisqu'il s'agit d'équipement militaire classé comme arme de guerre. "Cela tourne à un peu moins de dix mille euros pièce, et il en faut trois, dont un de réserve. La formation n'est pas non plus gratuite. Il faut aussi adapter les manuels d'exploitation et les faire approuver. Si pour certains pilotes, d'anciens militaires, cela se fait assez facilement, la formation est beaucoup plus longue et donc coûteuse pour les pilotes issus de la filière civile. Il y a enfin une remise à niveau à faire chaque année avec des cours, un entraînement et un test en vol", poursuit Pierrick.



